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Duality of Man
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Sean Bailey annonce le premier 9c américain, sans la manière – Sean Bailey claims America’s first 9c, without style

  • 27/01/2026

C’est peut-être nous-et un peu le matraquage médiatique de ces derniers jours quand même – mais l’annonce d’un nouveau 9c par Sean Bailey ce jourd’hui nous laisse un peu froids. Si on aime les 9c ? Oh que oui. Si on raffole de grimpe ? Peuchère ! Néanmoins, sur ce coup les étoiles s’alignent à nos yeux doucement réac’ d’une façon qui semble vendre l’escalade à son plus bas prix.

Une simple photo pour accompagner cette tonitruance, ok, ça passe, nihil novi sub sole. Eh puis en creusant un tout petit peu on apprend que l’enchaînement date de plusieurs mois. O-kayyy. Bizarre mais après tout, on a bien le droit de s’asseoir sur le couronnement d’une (déjà belle) carrière. Comme qui dirait, why not, bro? Enfin, tout s’explique : l’annonce coïncide avec le lancement d’une campagne de promotion du Mellow film tour qui fera la promotion de perfs extrêmes réalisées par des américains. On retrouvera par exemple Brooke Raboutou qui présentera « Excalibur », Nathaniel Coleman avec sûrement « No one Mourns the Wicked » (9A) ou encore Connor Herson. Voui voui voui.

On est sûrement vieux et cons, mais tout à coup, et coup sur coup, devoir avaler que la grimpe fasse dorénavant plus partie d’une programmation de show business et d’intérêts financiers que de la sphère qu’on lui connaissait nous fait tort. Côté face : Alex Honnold en live sur Taipei 101, impossible d’y échapper, promotion carabinée sur tous les réseaux sociaux et même les pas sociaux, Netflix bande ses muscles et tout le monde en parle comme de Jesus marchant sur l’eau. Oui c’est super qu’Honnold se fasse de l’oseille, surtout qu’il va la donner tout ou partie à sa fondation, et il trouve la tour magnifique et « because it’s there ». Vous avez déjà vu ces citations de politiciens qu’on ressort parce que soudain ils font exactement le contraire de ce qu’ils proclamaient autrefois? Re-regardez Free Solo, et prêtez attention à tous les atermoiements d’Alex concernant le fait d’être filmé dans l’acte du solo intégral. Qu’il ne voudrait pas que quelqu’un le voie tomber à sa mort. D’ailleurs il insiste pour que le « Boulder Problem » soit filmé sans présence humaine. Alors oui, Taipei 101 n’est pas 7c+. Ceci étant on rappelle que la gravité sur un 9c est la même que dans un 4a. Rien de nouveau, encore une fois, si on excepte la dimension live, qui risque de transformer le spectateur en voyeur d’un spectacle pouvant mener à la mort.

Coté pile: un 9c rabaissé à une simple opération de marketing. Alors oui il faut de la thune pour filmer les grimpeurs pro, chacun fait ce qu’il veut, etc. Il y a 1000 bonnes raisons pour justifier tout et son contraire. Eh puis Bailey n’a pas fait de mal. Et Honnold non plus. Ils ont le droit de bien vivre de blablabla. Oui, 100 fois oui. Mais c’est aussi à ce train qu’on dévalue la performance, quand on la subordonne à des intérêts commerciaux qui n’ont pas grand chose à voir avec la grimpe mais plus la société du spectacle.

Les vlogs de Will Bosi font très amateurs. En nous forçant deux secondes, nous qui sommes des quilles en post-prod, nous pourrions faire mieux. On y perd peut-être en qualité « oscarisante », mais bon dieu, que ça fait du bien non ? Un des tous meilleurs grimpeurs de l’histoire parlant et montrant grimpe, basta. Pas de filtre, pas d’effets de fou, je filme à l’arrache un nouveau 8C+ ou un 9b+ et je te poste ça par-dessus la jambe sur YouTube parce qu’au final, pas besoin de dix mille subtilités : la performance et la passion speak for themselves.

Non, nous ne sommes pas contre les vidéos aux petits oignons. Si de super vidéographes s’associent a de super grimpeurs, plus on est de fous n’est-ce pas. Mais pourquoi faire passer le produit avant la réalisation? Pourquoi, on sait pourquoi. La vraie question c’est jusqu’où ? Jusqu’où la grimpe sera-t-elle prête a se prostituer (oui oui, on sait) pour alpaguer le chaland ? Pour aller chercher les derniers deniers ? Pour faire les fonds de tiroir sous des prétextes tant et plus bidons, fallacieux et pendant ce temps, ouvrant la voie à de nouveaux excès ? L’anormal doit-il devenir la normale ?

Bref le 9c vient, pour sa 4ème apparition, et de notre point de vue, de perdre un peu de sa superbe. Avec « Duality of Man », on change de paradigme, celui de la performance, pour faire clairement de manière assumée du business avant tout. Alors certes, Sean Bailey, avec trois 9A bloc ainsi que « Bibliographie » à son actif est un très fort client, polyvalent avec une proposition qui se pourrait être crédible. Mais on ne sait rien des difficultés, pas plus que du processus de travail avant d’aller voir le film. Juste une localisation : Dry Canyon dans le Sud de l’Arizona, et le fait que Sean a dû lutter pour trouver des conditions propices pour des essais avec une heure ou deux d’ombre par jour. Pour le reste, il n’a rien à dire de plus que d’aller voir le film. Bonjour tristesse… La recherche du dépassement de soi pour repousser les limites du sport devrait de notre point de vue rester une quête universelle, désintéressée, passionnée et partagée. Bien plus profonde, en somme, que cette annonce laconique et mercantiliste. L’annonce du potentiel premier 9c américain valait mieux que cela !

Photos : Ben Neilson – Texte : Denis Lejeune & Pierre Délas

Sean Bailey Bibliographie


Maybe it’s just us—and perhaps the media hype of the last few days—but the announcement of a new 9c by Sean Bailey today leaves us a little cold. Do we like 9c? Oh yes, we do. Do we love climbing? For our sins! Nevertheless, in our slightly reactionary view, the stars have aligned in a way that seems to sell climbing short on this one.

A simple picture to accompany this thunderous announcement, okay, that’s fine, nihil novi sub sole. But then, digging a little deeper, we learn that the climb was completed several months ago. O-kayyy. Strange, but after all, we have the right to sit on the crowning glory of an (already impressive) career. As they say, why not, bro? Finally, it all makes sense: the announcement coincides with the launch of a promotional campaign for the Mellow Film Tour, which will showcase extreme performances by Americans. For example, Brooke Raboutou will present ‘Excalibur’, Nathaniel Coleman will surely present ‘No One Mourns the Wicked’ (9A), and Connor Herson will also be there. Yep, yep, yep.

We may be ‘too old for this shit’, but suddenly, one after another, having to accept that climbing is now more a part of show business and financial interests than the sphere we knew it to belong to is hurting us. On the one hand, Alex Honnold live on Taipei 101, impossible to escape, heavily promoted on all social media platforms and even non-social, Netflix flexing its muscles and everyone talking about it as if Jesus were walking on water. Yes, it’s great that Honnold is making money, especially since he’s going to give all or part of it to his foundation, and he finds the tower magnificent and ‘because it’s there’. Have you ever seen those quotes from politicians that are brought up again because suddenly they’re doing the exact opposite of what they used to proclaim? Watch Free Solo again and pay attention to all of Alex’s hesitations about being filmed while solo climbing. He doesn’t want anyone to see him fall to his death. In fact, he insists that the ‘Boulder Problem’ be filmed without any people present. So yes, Taipei 101 is not 7c+. That being said, remember that the gravity on a 9c is the same as on a 4a. Which is all good. But live, really, thus transforming the viewer in a voyeur attending the potential shooting of someone’s death.

On the other hand: a 9c downgraded to a simple marketing ploy. So yes, it takes money to film pro climbers, everyone does what they want, etc. There are a thousand good reasons to justify everything and its opposite. And Bailey didn’t do any harm. Neither did Honnold. They have the right to make a good living from blah blah blah. Yes, 100 times yes. But it’s also how we devalue performance, when we subordinate it to commercial interests that have little to do with climbing and more to do with show business.

Will Bosi’s vlogs look very amateurish. If I put my mind to it for two seconds, even though I’m useless at post-production, I could do better. Maybe it loses some of its Oscar-worthy quality, but damn, doesn’t it feel good? One of the best climbers in history talking about and showing climbing, that’s it. No filters, no crazy effects, I film a new 8C+ or 9b+ on the fly and post it to you because, in the end, there’s no need for ten thousand subtleties: the performance and passion speak for themselves.

No, we’re not against carefully crafted videos. If great videographers team up with great climbers, the more the merrier, right? But why put the product before the climbing? Why? We know why. The real question is: how far will it go? How far will climbing be willing to prostitute itself (yes, we know) to attract customers? To get the last few pennies? To scrape the bottom of the barrel under increasingly bogus and fallacious pretexts, while paving the way for new excesses? Should the abnormal become the new normal?

In short, the 9c, now in its fourth appearance, seems to have lost some of its lustre, in our opinion. With ‘Duality of Man’, we are shifting paradigms, moving away from performance to clearly and unapologetically focus on business above all else. Of course, Sean Bailey, with three 9A boulders and ‘Bibliography’ to his credit, is a very strong contender, versatile with a proposal that could be credible. But we know nothing about the difficulties, nor about the work process unless we go see the movie. Just a location: Dry Canyon in southern Arizona, and the fact that Sean had to struggle to find suitable conditions with an hour or two of shade per day. For the rest, he has nothing more to say than to go and buy a ticket. Hello sadness… The quest to surpass oneself and push the limits of sport should, in our view, remain a universal, selfless, passionate and shared endeavour. Much deeper, in short, than this laconic and mercenary announcement. The announcement of the first American 9c deserved better than this!

Pictures: Ben Neilson – Text: Denis Lejeune & Pierre Délas

3 Comments

  • Reply
    Nicolas

    Chouette texte ! belle analyse, merci

    • Reply
      Denis Lejeune

      Merci!

  • Reply
    TL

    Débat aussi vieux que René Desmaison faisant de la pub au sommet du Mont Blanc ou Edlinger chez Michel Drucker, mais vous avez raison : c’est ce qui distingue la « reconnaissance des pairs » (Will Bosi) et le vedettariat (Honnold) qui, apparemment, demande de maitriser le vocal fry…
    Bravo : plus de textes comme celui là !

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