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On s’en brosse pas ! – Let’s not brush this aside

  • 08/02/2026

On pense souvent l’idée de décote en terme d’ego ou de différence de niveau perçu. Mais si le brossage y avait son mot à dire ? C’est l’argument développé dans un des derniers épisode du podcast Testpiece Climbing, qui rassemble quatre forts grimpeurs américains (Carlo Traversi, Joshua Horsley, Will Anglin et Austin Hoyt — lequel vient d’enchaîner « The Process », le fameux highball en 8C+).

L’idée est simple : brosser érode, et brosser du grès érode encore plus — les exemples cités sont situés à Red Rocks, dans des blocs extrêmes comme « Sleepwalker » ou « Squoze ». À tel point que des prises intenables lors de la première ascension peuvent, quelques années plus tard, s’avérer beaucoup plus accommodantes, alors que les répétitions s’enchainent. Les facteurs aggravants existent bel et bien : passages répétés de chaussons (ne les oublions pas ceux-là), brosses trop dures ou denses pour le rocher visé, une technique de brossage genre bombe atomique où on agresse le minéral comme une prise de Moonboard, voire on le frotte non plus seulement avec les poils mais aussi le bois de ladite brosse. Aïe.

D’où certaines décotes, ou à l’inverse le choix du répétiteur de ne pas donner son véritable ressenti sur la cotation du bloc à l’instant T, soit par peur de blesser le premier ascensionniste, soit pour accrocher un certain chiffre à son palmarès. D’où, potentiellement, le fait qu’un bloc devienne également plus difficile avec le temps, au cas où une réglette auparavant crochetante devienne fuyante par exemple. C’est la supposition faite dans le podcast, alors que justement ces derniers jours, Adam Shahar et Nathan Williams ont rétabli en haut de « ROTS », le premier remettant justement en cause le 9A. Le rail de « Sleepwalker » se serait creusé par rapport à l’origine.

Sur le grès, plus fragile que le granite ou le calcaire, en tout cas plus susceptible d’être creusé sous les attaques répétées des brosseus, la notion d’une cotation fixe pour tel ou tel problème est donc peut-être à revoir.

Y a-t-il péril en la demeure ? Dans l’absolu, non. Qu’un vrai 9A devienne un véritable 9A+ ou un authentique 8C+, bon, c’est intéressant on est d’accord, mais ça ne règle pas beaucoup de schmilblicks. Par contre, dès qu’on élargit un peu la perspective, eh bien ce n’est pas rien. Oubliez les 9A, je parle du brossage. Parce que si tout le monde ne bosse pas du 9A, tout le monde brosse. C’est même à ça qu’on reconnait un grimpeur. « Si tu n’as pas de brosse à ton sac à pof, t’es pas un vrai », entend-on parfois.

Alors brosser, bien ou pas bien ? Bien entendu la vérité n’est, là non plus, pas aussi manichéenne et caricaturale qu’on l’aimerait. Elle est aussi en partie géologique: le grès de Red Rocks est ainsi plus délicat et fin que celui de Fontainebleau. À Fanatic, on organise des clean-ups dans la forêt au cours desquels on se partage les tâches entre ramasser les déchets et nettoyer les blocs d’un secteur. Car beaucoup de grimpeurs collent des tartines de magn’, cochent leur projet et passent au suivant sans un coup de brosse. Bon point d’arrêter de brosser, pourrait-on dire, pour ce qui est de l’érosion, mais mauvais en terme de souci de l’autre, de respect de la communauté. Il y a un juste milieu à trouver entre brosser intelligemment, avant, pendant et après le passage sur un bloc, et s’acharner sur une prise en particulier.

Les gars de Testpiece ont beau avoir une dent contre le sur-brossage, pour enlever la généreuse épaisseur de poudre blanche qui égalise la surface minérale, il n’y a pas d’autre alternative. Brosser consiste donc à enlever ce qui nous aide, tout ça pour nous aider !

Dire qu’on marche sur la tête n’est pas vraiment notre propos. Ceci étant, avant de s’en prendre au brossage, il serait aussi bon d’interroger l’utilisation, souvent intempestive, excessive et plus pavlovienne qu’autre chose, de la magnésie.

Brossage arête
Photo : Arthur Delicque

Pour en revenir à nos brosses, Testpiece aborde certaines astuces, par exemple ne brosser qu’en tenant le manche du pouce et de l’index. Autrement dit, ne pas forcer comme un sourd, ou comme un grimpeur de salle qui ponce ses prises dans l’insouciance compréhensible et générale. Où on en revient forcément à l’idée d’un fossé culturel se creusant toujours davantage entre la sphère indoor et le monde outdoor. En salle tout est possible. Dehors non. Car on ne change pas la prise clef de « Silence » ou « Alphane » d’un coup de visseuse avec un article trouvé sur un revendeur en ligne de prises en PU. La nature ne marche pas comme ça.

Vous connaissez le phénomène du sur-serrage, quand vous serrez largement trop une réglette pour ce dont vous avez réellement besoin ? C’est mauvais pour votre voie de 40 mètres parce que vous allez exploser bien avant le relais. Le brossage est aussi atteint de ce mal, sauf qu’il explose plus le caillou que vos avant-bras. Lequel des deux ne sera pas au rendez-vous la semaine suivante ?

Une étude exhaustive des brosses du marché pourrait donner des pistes sur celles qui seraient les plus adaptées à Bleau par exemple (on publiera les résultats de la bonne âme qui s’en chargera ici, promis juré) : manche en bois, poils souples naturels sont de rigueur. Evitons les manches plastiques, les poils plastiques, les poils durs et denses. Mais avant ça, pensez déjà a ces deux facteurs essentiels : mollo sur la magnésie, et brossez le rocher comme vous vous brossez les dents. Dans les deux cas il s’agit d’hygiène, pas de chirurgie esthétique.

Cependant, le brossage a bon dos d’endosser le mauvais rôle… L’abus de magnésie, la surfréquentation et la médiatisation de certains passages instagrammables, l’absence de perche pour brosser en hauteur, l’absence de chiffon ou de paillasson pour nettoyer ses pads, ses pieds ou taper sur les prises entre deux essais, tout cela contribue aussi également à accentuer le vieillissement de nos passages préférés. Bref, soyons alertes dans notre pratique, et protégeons au mieux notre patrimoine !

Texte : Denis Lejeune & Pierre Délas – Photo de couverture : Arthur Delicque


We often think of downgrading in terms of ego or perceived differences in ability. But what if brushing had something to do with it too? This is the argument developed in an episode of the Testpiece Climbing podcast, which brings together four strong American climbers (Carlo Traversi, Joshua Horsley, Will Anglin, and Austin Hoyt—who has just completed “The Process,” the famous 8C+ highball).

The idea is simple: brushing erodes, and brushing sandstone erodes even more — the examples cited are located in Red Rocks, on extreme boulders such as “Sleepwalker” and “Squoze”. So much so that holds that were impossible during the first ascent can, a few years later, prove to be much more accommodating as repeat ascents follow one after another. There are indeed aggravating factors: repeated use of climbing shoes (let’s not forget those), brushes that are too hard or dense for the rock in question, atomic bomb-style brushing techniques where the rock is attacked like a Moonboard hold, or even rubbed not only with the bristles but also the wood of the brush itself. Ouch.

This can lead to downgrades or, paradoxically, the repeater’s decision not to give their true opinion on the grade of the boulder at a given moment, either for fear of hurting the first climber’s feelings or to add a certain number to their list of achievements. But this phenomenon could also lead to a boulder becoming more difficult over time, for example if a previously hookable edge becomes slippery. This is the observation made in the podcast, while in recent days Adam Shahar and Nathan Williams have topped “ROTS”, with the former climber questioning the 9A grade. The rail on “Sleepwalker” has apparently become more worn than it originally was.

On sandstone, which is more fragile than granite or limestone, and in any case more susceptible to being “shaped” by repeated attacks from the brusher bros, the notion of a fixed, atemporal grade for a particular problem may therefore need to be revisited.

Is there a danger in this? In absolute terms, no. Whether a true 9A becomes a real 9A+ or an authentic 8C+, well, it’s interesting, we agree, but it doesn’t concern many. On the other hand, when you broaden your perspective a little, it’s not insignificant. Forget the 9As, I’m talking about brushing. Because while not everyone climbs 9A, everyone brushes. That’s how you recognize a climber. “If you don’t have a brush in your gear bag, you’re not a real climber,” we sometimes hear.

So, should you brush or not? Of course, the truth is not as black and white or caricatural as we would like it to be. It is also partly geological: the Red Rocks’ sandstone is more delicate and finer than that in Fontainebleau. At Fanatic, we organise clean-ups in the forest, during which we divide up the tasks between litter-picking and cleaning the boulders in a given area. This is because many climbers smear chalk on the rock, tick off their project, and move on to the next one without brushing up after themselves. You might say it’s a good idea to stop brushing, in terms of erosion, but it’s bad in terms of caring for others and respecting the community. There’s a happy medium to be found between brushing intelligently before, during, and after climbing a boulder, and obsessing over a particular hold.

The guys at Testpiece may have a grudge against over-brushing, but to remove the generous layer of white powder that evens out the mineral surface, there is no other alternative. Brushing therefore consists of removing what helps us, all to help us!

We’re not really saying that we’re walking on our heads. That being said, before attacking the brushing part, it would also be good to question the often untimely, excessive, and Pavlovian use of chalk.

Prise dégueu
Photo : Fanny Gibert

Returning to our brushes, Testpiece discusses certain tips, such as only brushing while holding the handle with your thumb and index finger. In other words, don’t use excessive force, like a climber in a gym who sands down their holds with understandable and widespread carelessness. This inevitably brings us back to the idea of a cultural divide that is widening between the indoor and outdoor worlds. Indoors, anything is possible. Outdoors, it’s not. Because you can’t change the key hold on “Silence” or “Alphane” with a screwdriver and an item found on an online retailer selling PU holds. Nature doesn’t work that way.

Are you familiar with the phenomenon of over-gripping, when you tighten a hold much more than you really need to? It’s bad for your 40-meter route because you’ll explode well before the chains. Brushing is also affected by this problem, except that it explodes the rock more than your forearms. Which of the two will be able to turn up the following week?

A comprehensive study of the brushes on the market could provide clues as to which ones would be most suitable for Bleau, for example (we promise to publish the results of the kind soul who takes on this mammoth task here). In the meantime wooden handles and soft natural bristles are a must. Avoid plastic handles, plastic bristles, and hard, dense bristles. But before that, consider these two essential factors: go easy on the chalk, and brush the rock as you would brush your teeth. In both cases, it’s about hygiene, not cosmetic surgery.

However problematic brushing can be when hamfisting it, it is not the only culprit. The overuse of chalk, overcrowding and media coverage of certain Instagrammable passages, the lack of poles for brushing high up, the lack of cloths or mats for cleaning your pads, your feet or tapping the holds between attempts, all contribute to the aging of our favorite passages. In short, let’s be mindful in our practice and do our best to protect our heritage!

Text: Denis Lejeune & Pierre Délas

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