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Megos record minutés
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Opinion : records minutés, le vent en poupe ou du vent pour faire de l’audience ? – Timed records, yay or nay?

  • 09/01/2026


Dans une récente vidéo, Alex Megos enchaîne 14 8A sur le Kilterboard en 10 minutes top chrono. À part une zipette du pied au deuxième mouvement du douzième bloc, le rythme de Megos d’un 8A bloc toutes les 43 secondes sur fond de swing a de quoi impressionner. À la fin de la vidéo, il lance le défi aux spectateurs, propose de monter la barre à 8A+ et présente son exploit comme « a good game » ou « just as a joke ». Pourtant ce format de vidéo bien calibré pour gagner en visibilité avec des contenus courts est une démonstration de force très sérieuse, sur tous les plans.

Le titre de la vidéo est sans équivoque : il s’agit d’un nouveau record. Il fait écho aux 100 8A (et plus) sur la Kilter de Jules Marchaland en moins 8 heures, ou aux 61 8A en une heure de Tony Roberts (un 8A toutes les 1 minute et une 1 seconde) mais sans directement les défier. Aucun des trois grimpeurs ne s’est accordé sur l’inclinaison du board ni sur la limite de temps adoptée… Des exploits sur mesure pour chacun de ces athlètes!

Mais que signifie de parler de record comme le fait Megos ? Quel rapport entre des blocs de board connectés en salle et des ascensions de big-wall à la journée ? 

Le défi des 100 7A de Bleau se tiendrait au croisement du big wall, du bloc extérieur et du kilter. Il combine logistique, déplacement, éthique, dessin du parcours et surtout exposition (on pense aux bons plombs de Hugo Parmentier dans « Rababoum », bloc numéro 90).

100 7A BLEAU
Photo : Jérôme Tanon


Déjà à la fin des années 1970, à l’époque du premier 7B de la forêt de Fontainebleau (le « Carnage »), l’enchaînement du circuit rouge du Cuvier le plus rapidement possible fait rivaliser certains bleausards. En 1977, Thierry Bienvenu enchaine les 42 numéros du circuit en 18 minutes, soit un bloc tous les 26 secondes ! De même, aux US, les concours de vitesse en artif dans le Nose ou au Triple Crown se succèdent depuis des décennies, sans qu’on comprenne réellement la logique technique et en quoi cela fait avancer le sport, en tant que lointain observateur européen.

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On pourrait aussi trouver un autre exemple de cette mode du combinatoire-circuit-temps limité dans les 100 violets de Mejdi Schalk, véritable exploit physique et technique mais surtout grosse opération marketing pour la deuxième chaîne de salle d’escalade française…

Sur la Kilter, à part la connexion bluetooth et le choix de la playlist, il manque pas mal de prises de tête, d’exposition et d’émotion. Le niveau d’escalade a beau être très très fort, voir ces mutants qui marchent sur les projets de la plupart des mortels enchaîner les jetés, les arquées en dynamiques et les poses en scorpion manque d’un peu de sel tout de même.

On se rapproche davantage de la discipline de vitesse olympique que de véritable performance de bloc. Megos et les autres survolent le 8A de la kilter au point de changer ce board en mur du son. Dans les deux cas les grimpeurs parviennent à un degré extrême d’optimisation.

En comparaison, le format « board lords » s’impose plutôt comme un rendez-vous des bloqueurs états-uniens et mondiaux sur des blocs abominables de Tension Board. Il s’agit d’une étape obligatoire, d’un rite de passage avant les croix du Far West. Pour Lu Sungsu ou encore le trio francophone Lorenzi-Marchaland-Schalk et autres « locaux ».

Lors de ces duels, c’est l’intensité la plus haute sur des blocs autour de 8B, dans des runs back-to-back, qui est recherchée. Récemment le duel entre Adam Ondra et Stefano Ghisolfi sur le Quantum Board fournissait un autre exemple de cette formule divertissante : featuring de grimpeurs de haut niveau, esprit compétitif bon enfant, avec toujours à l’esprit un record à ajouter à son palmarès, sans oublier un peu d’argent des sponsors.

Les Boards sont des écrans de promotion pour les marques et d’auto-promotion pour les grimpeurs. Le style explosif et spectaculaire sur blocs courts s’intègre parfaitement à l’économie de l’attention de la grimpe focalisée sur le média qui la diffuse. Facile à filmer, aisance de la comparaison (au contraire d’un bloc noir de telle ou telle salle privée), disponibilité constante, de jour comme de nuit, voire grosse enceinte pour qui veut sans fâcher personne (ou presque).

Alors qu’est-ce que la Kilter, vraiment? Un outil d’entraînement, une carte de visite, une véritable arène homologuée de la performance avec des cotations établies et reconnues ? Les boards semblent être tout cela à la fois sans véritablement choisir. À la fois spécifiques et complets, d’une efficacité avérée et en même temps d’une vanité abyssale… 

Il existe une demande du public pour un style différent de compétitions, à laquelle la grimpe filmée sur board vient répondre, comme cela a déjà été le cas avec les Moonboard Masters qui se sont tenus en 2017 et 2019 (que va donner le nouveau format de la Pro Climbing League?). Ces vidéos bénéficient de cette fenêtre d’opportunités claires, alors que l’IFSC/World climbing se retrouve face à des choix aujourd’hui et ne peut satisfaire tous les différents types d’athlètes, fédérations et publics.

Finalement, au-delà de la compétition et du divertissement, la vidéo de Megos pose une question simple aux audiences, grimpeurs professionnels et amateurs. Quelle performance valoriser? Douze minutes de vidéo pour enchaîner le maximum de 8A dans une salle ? Ou la fréquentation passionnée des blocs extérieurs ? Avec tout ce que cela implique : on ne peut pas traiter un bloc extérieur comme un bloc de board. Pourtant il y a des boards plus propres que pas mal de blocs classiques de la forêt…

Peut-être confond-on ici record, performance et surconsommation des blocs. Un 8C bloc flash (déjà trois réalisations), un 9A bloc a la séance (Hamish MacArthur sur « No one mourns the wicked ») ou encore le maximum de 8A en un minimum de temps… La performance se réduit-elle seulement à une course à qui en fera le plus en un minimum de temps? À l’inverse, que signifie prendre justement le temps de grimper moins de blocs mais avec des ascensions plus signifiantes et personnelles ? 

Avec le recul, ces exploits sur board se présentent peut-être comme une étonnante éloge de la lenteur. Faire le moins de blocs en 10 minutes, prendre des repos et sentir un calme vent vous posséder dès que vos doigts touchent la troisième prise du bloc. Flaner, et apprécier la nature qui nous entoure entre deux runs, prendre le temps d’acheter et feuilleter le topo local, s’intéresser aux ouvreurs, à l’histoire des passages que l’on gravit et que l’on convoite.

Gare de Lyon, ligne R, vélo-crash jusqu’à un secteur reculé de la forêt de Fontainebleau, c’est là que vous me trouverez. D’ailleurs Alexandre Megos aussi on dirait, que l’on voit dans une vidéo récente sur Instagram enchaîner « La force du destin » au fin fond de Franchard.

Texte : Ulysse Roche et collaborateurs

Mejdi


In a recent video, Alex Megos climbs 14 8A routes on the Kilterboard in 10 minutes flat. Apart from a small slip on the second move of the twelfth boulder, Megos’ pace of one 8A boulder every 43 seconds to the sound of jazz music is impressive. At the end of the video, he challenges viewers, suggests raising the bar to 8A+ and presents his feat as ‘a good game’ or ‘just as a joke’. However this video format, which is well calibrated to gain visibility with short content, is a very serious demonstration of strength in every respect.

The title of the video is unequivocal: this is a new record. It echoes Jules Marchaland’s 100 8A (and beyond) on the Kilter in less than 8 hours, or Tony Roberts’ 61 8A in one hour (one 8A every 1 minute and 1 second), but without directly challenging them. None of the three climbers have remotely agreed on the angle of the board or the time limit adopted. Tailor-made feats for each of these athletes!

But what does Megos mean when he talks about records? What is the connection between indoor bouldering walls and big wall climbs?

The 100 Font 7A challenge lies at the intersection of big wall climbing, outdoor bouldering and the kilter. It combines logistics, travel, ethics, route design and, above all, exposure (think of Hugo Parmentier’s whipper on ‘Rababoum’, boulder number 90).

Already in the late 1970s, at the time of the first 7B in the Fontainebleau forest (‘Carnage’), completing the red circuit of Le Cuvier as quickly as possible was a game between certain Bleausards. In 1977, Thierry Bienvenu completed the 42 routes on the circuit in 18 minutes, or one boulder every 26 seconds! Similarly, in the US speed competitions on the Nose or at the Triple Crown have been taking place for decades, without us, distant European observers, really understanding the technical logic behind them or how they advance the sport.

Caldwell Yosemite speed climbing
Photo : REEL ROCK / Austin Siadak

Another example of this trend for limited-time combination circuits can be found in Mejdi Schalk’s 100 purples, a true physical and technical feat, but above all a major marketing operation for France’s second largest chain of climbing centres…

On the Kilter, apart from the Bluetooth connection and the choice of playlist, there’s a lot less hassle, exposure and emotion. The climbing level may be very, very high, but seeing these mutants, who are a cut above most mortals, stringing together dynos, catching crimps off of a jump and pulling off scorpion poses, still lacks a little spice.

It’s closer to Olympic speed climbing than actual bouldering. Megos and the others breeze through the Kilter’s 8As to the point of turning this board into the sound barrier. In both cases, the climbers achieve an extreme degree of optimisation.

In comparison, the ‘board lords’ format is more of a gathering of American and international boulderers on the abominable boulders of Tension Board. It is a mandatory step, a rite of passage before the ticks in the Far West. For Lu Sungsu, the French-speaking trio of Lorenzi-Marchaland-Schalk and other ‘locals’.

During these duels, the highest intensity is sought on blocks around 8B, in back-to-back runs. Recently, the duel between Adam Ondra vs Stefano Ghisolfi on the Quantum Board provided another example of this entertaining formula: featuring top-level climbers, a good-natured competitive spirit, always with an eye on adding another record to their list of achievements, not to mention a little money from sponsors.

Boards are promotional screens for brands and self-promotion for climbers. The explosive and spectacular style on short boulders fits perfectly with the attention economy of climbing focused on the media that broadcasts it. Easy to film, easy to compare (unlike a black boulder in a private gym), constantly available, day and night, and even a booming loudspeaker for those so inclined without upsetting anyone (or almost anyone).

So what is Kilter, really? A training tool, a calling card, a genuine, certified arena for performance with established and recognised gradings? The boards seem to be all of these things at once, without really choosing. They are both specific and comprehensive, proven to be effective and, at the same time, abysmally vain…

There is public demand for a different style of competition, which is met with climbing on boards, as was already the case with the Moonboard Masters held in 2017 and 2019 (what will the new Pro Climbing League format bring?). These videos benefit from this clear window of opportunity, while the IFSC/World Climbing is now faced with choices and cannot satisfy all the different types of athletes, federations and audiences.

Ultimately, beyond the competitive aspect and entertainment value, Megos’ video poses a simple question to audiences, professional climbers and amateurs alike. Which performance should be valued? Twelve minutes of video showing the maximum number of 8A climbs in a gym? Or passionate outdoor bouldering? With all this implies: you can’t treat an outdoor boulder like a climbing wall. And yet, there are climbing walls that are cleaner than many classics in the forest…

Perhaps we are confusing records, performance and overuse of boulders here. An 8C boulder flash (already achieved three times), a 9A boulder in one session (Hamish MacArthur on ‘No one mourns the wicked’) or the maximum number of 8As in the minimum amount of time? Is performance reduced to a race to see who can do the most in the least seconds? Conversely, what does it mean to take the time to climb fewer boulders but with more meaningful and personal ascents?

In hindsight, these board exploits may be seen as a surprising tribute to slowness. Doing the fewest number of boulders in 10 minutes, taking breaks and feeling a sense of calm wash over you as soon as your fingers touch the third hold on the boulder. Strolling around and enjoying the natural surroundings between runs, taking the time to buy and leaf through the local guidebook, taking an interest in the route setters and the history of the routes we climb and covet.

Gare de Lyon, line R, bike+crashpad to a remote area of the Fontainebleau forest, that’s where you’ll find me. Alexandre Megos too, it seems, as seen in a recent video on Instagram climbing ‘La force du destin’ in the depths of Franchard.

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