Résister au froid, et continuer à grimper en période hivernale, quand le vent du Nord se lève et que le mercure ne monte pas beaucoup, voire quand les températures sont négatives, tout un Art. Voici quelques tours de main issus de nos expériences, que ce soit pour le bloc ou la falaise.
- Primo, préparez-vous mentalement: ça va être un combat, inconfortable, vous allez le sentir passer ce froid. Soyez prêt à souffrir et à en découdre.
- Choisissez un spot orienté Sud, le plus possible à l’abri du vent, qui sèche vite ou un maximum protégé des intempéries.
- Sortez couverts comme au ski ! Mettez un fuseau sous le pantalon (ou ayez un pantalon rembourré à mettre par-dessus celui-ci), une bonne paire de gants, une doudoune, un cache-cou et plusieurs couches, des sous-vêtements en laine mérinos… N’hésitez pas à mettre un pantalon par-dessus le baudrier entre vos runs.
- Frileux : utilisez des chaufferettes dans vos sacs à magnésie ou dans vos poches de doudoune ! Et n’hésitez pas à enfiler des gants dès que vous arrêtez de grimper.
- Continuez de vous hydrater correctement, notamment avec des boissons chaudes. Préparez un thermos de thé, de café, de tisane. N’hésitez pas à remplir votre gourde d’eau tiède pour qu’elle ne soit pas trop gelée en fin de séance, en plus cette astuce pourra réchauffer les chaussons quand ceux-ci seront dans votre sac.
- Ne restez pas statique trop longtemps entre vos essais. Marchez, bougez les bras, les doigts.

- Privilégiez les voies courtes, voire le bloc, un effort plus bref, de manière à réduire le temps de grimpe, et à éviter l’onglée en restant sur le caillou trop longtemps.
- Si vous grimpez dans une voie longue, soufflez dans votre poing fermé ou placez vos mains derrière la nuque ou sous vos bras pour tenter de réchauffer vos phalanges quand vous pouvez libérer une main, ou à un repos pour ne pas se transformer en glaçon.
- Privilégiez les heures les plus « chaudes » de la journée, ne faites pas des journées à rallonge si vous fatiguez, privilégiez l’efficacité à la durée. Minutez davantage vos séances pour ne pas trop traîner et vous refroidir. Privilégiez un seul endroit ou secteur pour éviter de vous refroidir du haut du corps en multipliant les approches entre plusieurs secteurs ou voies éloignées. Consultez bien la météo pour anticiper les meilleurs fenêtres de conditions et le placement de vos jours de grimpe lors de votre séjour afin de choisir l’endroit avec les conditions les plus clémentes pour le jour de grimpe suivant.
- Gardez vos chaussons au chaud contre vous sous la doudoune quand vous ne grimpez pas, en plaçant les pointes de pied sous vos aisselles, couvrez rapidement vos mains et pieds quand vous ne grimpez pas. Si les températures sont négatives, n’hésitez pas à grimper avec des chaussettes très fines, histoire de sentir un minimum vos orteils. Préchauffez vos chaussons avant la séance : préchauffez-les sur un chauffage chez vous ou dans votre voiture.
- Accentuez votre échauffement, soit au chaud avant la séance si vous en avez la possibilité (en salle ou au chaud), soit en y incluant des exercices cardio (exemple : corde à sauter), des exercices avec élastiques, des tractions, des pompes, des suspensions sur poutre portative pour chauffer correctement les doigts…
- Inclure une routine de ré-échauffement du corps de quelques minutes entre les voies ou les blocs quand vient votre tour de grimper. Exemple : technique de ré -échauffement russe dite de Masterovoï avec 5 exercices à enchainer :
– Réaliser 8 squats en contrôlant la vitesse d’exécution (4s phase négative, 4s phase positive).
– Réaliser 8 squats sautés en contrôlant bien la phase excentrique.
– Réaliser 6 montées de genoux (jambe droite puis gauche) sur 4s avec les 2 mains en résistance.
– Réaliser 6 flexions-extensions (jambe droite puis gauche) comme si l’on voulait taper dans un ballon (le mouvement doit être ralenti sur la fin par une contraction volontaire des ischios).
– Réaliser 20s de bondissement où seule l’articulation de la cheville travaille afin de terminer l’échauffement du triceps sural. - Gérez votre peau avec des crèmes hydratantes, et poncez les irrégularités sur vos doigts si vous en avez : la peau durcie par le froid à tendance à craqueler davantage et la possibilité de se faire des steaks est donc accrue malgré une friction sur le rocher plutôt optimale.
- Si vous assurez, n’ayez pas peur du ridicule et couvrez-vous CHAUDEMENT. Tâchez aussi de bouger pendant l’assurage, levées de genoux par exemple, voire génuflexions si votre grimpeur est dans la corde.
- N’hésitez pas à manger chaud et pensez à un récipient isotherme, dans lequel vous aurez préparé votre plat lyophilisé à la maison.
- Contre l’onglée, on conseille… l’onglée. Surtout en falaise, grimpez jusqu’à la souffrance des doigts et revenez aussitôt au sol. Attendez que le martyre passe et vous êtes bon pour partir dans le proj’. En général après une bonne onglée, quand le sang revient on est tranquille un moment. Choisissez des voies adaptées à cette procédure : s’il y a un début un peu énervé, puis un très bon repos, la voie fera ce travail pour vous, et vous partirez dans la section principale avec les doigts bien chauds.

Les fausses bonnes idées :
- Sécher ou chauffer des prises au chalumeau. Vous rigolez ? on l’a déjà vu !
- Réaliser un brasero au pied des voies pour se réchauffer. Cette technique, courante dans les années 90 en hiver, n’est pas très respectueuse de l’environnement. En plus, par fort vent, une braise mal éteinte peut faire des ravages, même en conditions hivernales s’il fait sec.
- Tracter trop fort sur des prises fines qui peuvent être rendues encore plus fragiles par le gel. Grimper sur du grès humide, ou tenter de le sécher artificiellement avec un ventilateur.
- Grimper à l’ombre ou en face Nord. N’est pas Lucien Martinez qui veut ! De plus grimper sur du caillou gelé ou trempé et du coup fragilisé peut accentuer la casse de prises, on l’a vu dans « DNA ».
Dans le même style, mais pour les fortes chaleurs retrouvez aussi notre article « Grimper sous la canicule« .
Photo de couverture : coll. Marie Dorsaz
Continuing to climb during winter, when the North wind picks up and temperatures remain low or even drop below freezing, is an art form. Here are a few tips based on our experience, whether for bouldering or rockclimbing.
- First, prepare yourself mentally: it’s going to be a struggle, uncomfortable, and you’re going to feel the cold. Be prepared to suffer and fight through it.
- Choose a south-facing spot that is as sheltered from the wind as possible, dries quickly, or is protected from the elements as much as possible.
- Dress warmly, as if you were going skiing! Wear leggings under your pants (or wear padded pants over them), a good pair of gloves, a down jacket, a neck warmer, and several layers, including merino wool underwear. Feel free to wear pants over your harness between goes.
- If you feel the cold, use hand warmers in your chalk bags or down jacket pockets! And don’t hesitate to put on gloves as soon as you stop climbing.
- Continue to stay properly hydrated, especially with hot drinks. Prepare a thermos of tea, coffee, or herbal tea. Feel free to fill your water bottle with warm water so that it isn’t too cold at the end of your session. This tip will also help warm up your shoes when they’re in your bag.
- Don’t stay static for too long between attempts. Walk around, move your arms and fingers.
- Choose short routes, or even bouldering, which requires less effort, in order to reduce climbing time and avoid frostbite by staying on the rock for too long.
- If you are climbing a long route, blow into your closed fist or place your hands behind your neck or under your arms to try to warm your fingers when you can free one hand, or during a rest, to avoid turning into an ice cube.
- Choose the warmest hours of the day, don’t extend your days if you get tired, and focus on efficiency rather than duration. Time your sessions more carefully so you don’t linger too long and cool down. Choose a single location or sector to avoid cooling down your upper body by moving between several sectors or distant routes. Check the weather forecast to anticipate the best conditions and plan your climbing days during your stay so you can choose the location with the most favorable conditions for the next day of climbing.
- Keep your climbing shoes warm against your body under your jacket when you’re not climbing, placing the toes under your armpits, and quickly cover your hands and feet when you’re not climbing. If temperatures are below freezing, don’t hesitate to climb with very thin socks so you can feel your toes a little. Preheat your shoes before your session: warm them up on a heater at home or in your car.
- Intensify your warm-up, either in the warmth before your session if you can (indoors or in a warm place), or by including cardio exercises (e.g., jumping rope), exercises with resistance bands, pull-ups, push-ups, and suspension training on a portable board to properly warm up your fingers.
- Include a few minutes of body warm-up between routes or blocks when it’s your turn to climb. Example: Russian warm-up technique known as Masterovoï with 5 exercises to be performed in sequence:
– Perform 8 squats, controlling the speed of execution (4 seconds negative phase, 4 seconds positive phase).
– Perform 8 jump squats, controlling the eccentric phase.
– Perform 6 knee lifts (right leg then left) over 4 seconds with both hands providing resistance.
– Perform 6 flexions-extensions (right leg then left) as if you were trying to kick a ball (the movement should be slowed down at the end by deliberately contracting the hamstrings).
– Perform 20 seconds of jumping, using only the ankle joint to finish warming up the calf. - Take care of your skin with creams, and file down any irregularities on your fingers if you have them: skin hardened by the cold tends to crack more easily, increasing the possibility of flappers despite optimal friction on the rock.
- If you are belaying, don’t be afraid to look ridiculous and cover up WARMLY. Also try to move around while belaying, for example by lifting your knees or even kneeling if your climber is on the rope.
- Don’t hesitate to eat hot food and consider using an insulated container in which you can prepare your freeze-dried meal at home.
- To combat numb fingers, we recommend…numb fingers. Especially when rockclimbing, climb until your fingers start to hurt and then come back down immediately. Wait for the pain to subside and you’ll be ready to tackle the project. Generally, after severe numb frostbite, once the blood returns, you’ll be fine for a while. Choose routes that are suitable for this procedure: if there is a slightly difficult start followed by a very good rest, the route will do the work for you, and you’ll start the main section with warm fingers.

Bad ideas:
- Drying or heating holds with a blowtorch. Are you kidding? We’ve seen it before!
- Making a fire at the ground of the wall to keep warm. This technique, common in the 1990’s in winter, is not very environmentally friendly. What’s more, in strong winds, embers that have not been properly extinguished can cause havoc, even in winter conditions if it is dry.
- Pulling too hard on thin holds that may be made even more fragile by frost. Climbing on wet sandstone, or trying to dry it artificially with a fan.
- Climbing in the shade or on north-facing walls. Not everyone can be Lucien Martinez! What’s more, climbing on frozen or wet rock, which is weakened, can increase the risk of breaking holds, as we saw in “DNA.”
In the same vein, but for hot weather, see our article “Climbing in a heatwave.”
Cover pic: coll. Marie Dorsaz
