Nolwen Berthier, falaisiste pro très engagée sur la cause climatique, vient, 4 ans et demi après « Supercrackinette » de réaliser une nouvelle voie extrême et un projet à long terme, dans la baume de la Ramirole, en plein cœur du Verdon. Après une bonne année de fil rouge, Nolwen décroche la seconde ascension de « Hématome crochu » (9a), une ligne équipée par son compagnon, Antonin Rhodes, prolifique équipeur des lieux et du Sud de la France. La première ascension de la voie avait été réalisée par Romaric Geffroy en 2022.
– Cela faisait 2 ans que tu essayais à peu près non ? Te souviens tu pourquoi et comment tu as démarré ce projet ?
J’ai commencé à essayer « Hématome Crochu » l’été dernier, mais c’est une ligne que j’avais en tête depuis un moment. En 2020, quand Tonio l’a équipée, elle m’a clairement tapée dans l’œil et je savais que quand je reviendrais à la Ramirole, ce serait pour cette voie.
– Peux-tu décrire la ligne, les difficultés, qu’est ce qui t’a plu ?
Ce qui m’a attirée c’est clairement cette monocolo orange, perchée 200m au dessus du Verdon, dans ce mur hyper déversant. La ligne est à la fois incroyable et hyper impressionnante. Tout le monde la regarde, mais personne n’ose l’essayer.
Dans la première partie, tu brasses des mouvements assez variés dans un mur bleu puis tu as une traversée dans un mur blanc avec un pas de bloc bien marqué. Tu rejoins ensuite un repos hyper original où tu peux lâcher les mains en t’asseyant dans un trou et au dessus de toi tu as cette magnifique monocolo hyper physique qui t’amène à un mur de picots gris. Les prises sont exceptionnelles et l’effort est à la fois ultra rési et ultra exigeant, il faut vraiment rester précis à la fois dans les mains et dans les pieds pour atteindre le dernier repos. Puis tu as une dernière section finale moins soutenue mais où il faut être bien calé.
Franchement, je pense que c’est une des plus belles lignes que j’ai eu la chance de grimper dans ma vie. Je suis super fière d’avoir contribué à la faire vivre.
– Peux-tu revenir sur le processus, et les progrès dans la voie ?
Quand j’ai commencé à mettre les doigts dans la voie, elle n’avait été enchaînée qu’une seule fois, par Romaric. Le caillou était tout neuf et personne de mon gabarit n’avait essayé. Ça m’a déjà pris pas mal de temps de déchiffrer les mouvements et trouver mes propres méthodes. Après plusieurs séances j’ai finalement fait tous les mouvs, et à la fin de l’automne dernier, j’étais vraiment pas loin d’enchaîner, mais les résurgences (et les stalactites) m’ont rattrapée dans le processus. Quand je suis revenue fin août, je bougeais déjà bien dans la voie, et je suis assez vite retombée en haut de la section dure, mais il m’a fallu plusieurs semaines pour grappiller les mouvements restants. Je suis tombée des dizaines de fois là haut, c’était assez dur mentalement… mais un jour les planètes se sont alignées.
– T’es-tu entrainée spécifiquement ?
J’ai eu une grosse tendinite au coude en fin d’hiver dernier, où j’ai fais le choix d’abandonner mes projets en cours pour sauver la saison à la Ramirole. Du coup je n’ai pas vraiment pu m’entraîner comme je voulais et mon entraînement spécifique a finalement été de grimper en falaise puis dans la voie, tout en gérant l’inflammation. Je ne pouvais pas mettre trop d’essais dans une voie si physique et intense, l’équilibre était subtil.
– La voie est marquée par un gros repos au milieu, est-ce que cela apporte une spécificité mentale à l’effort ?
Quand tu es perchée sur ce repos, avec cette vue incroyable sur la rivière, tu as vraiment le temps de refaire le monde mais c’était surtout une bonne occasion pour me mettre dans le bon état d’esprit pour la suite.
– Il fait de plus en plus chaud en période estivale avec le changement climatique, comment as tu fait pour trouver des condis propices au travail de cette voie dure ?
J’ai vraiment pris le parti de caler pendant qu’il faisait chaud (voir très chaud) pour pouvoir profiter du créneau de l’automne en étant à la fois calée et en forme. Pour autant, il n’y a pas eu beaucoup de jours de bonnes condis en septembre. Mais j’avoue que le jour où j’ai enchaîné, il y avait un vent de fou, c’est d’ailleurs le jour où Jakob a enchaîné lui aussi. Quelle journée !
– As-tu réalisé ou testé des déplacements en mobilité douce depuis ton domicile en banlieue aixoise pour la Ramirole ?
Pour ce projet, j’ai plutôt pris le parti de rester dans le Verdon. J’y suis arrivée au mois de juin et j’ai passé quasiment tout l’été en rive droite puis j’ai migré en rive gauche fin août. Ça va me faire bizarre de revenir vers Aix !
– Si il y avait un message à faire passer suite à ta réalisation, ce serait lequel ?
J’espère que cet enchaînement incitera d’autres grimpeurs et grimpeuses à aller mettre les doigts dans cette ligne, et plus généralement dans les voies qui ne sont pas grimpées. C’est tellement dommage de voir des bijoux tomber dans l’oubli juste parce qu’ils ne sont pas entrés dans 8a.nu…
Photos : Hans Radetzki

Nolwen Berthier, a professional climber deeply committed to the climate cause, has – four and a half years after “Supercrackinette” – completed another extreme climb and a long-term project in the Baume de la Ramirole, in the heart of the Verdon. After one year of persistent effort, Nolwen completed the second ascent of “Hématome crochu” (9a), a route bolted by her partner, Antonin Rhodes, a prolific route setter in the area and throughout the South of France. The first ascent of the route was made by Romaric Geffroy in 2022.
– You’d been trying it for about two years, right? Do you remember why and how you started this project?
I started trying “Hématome Crochu” last summer, but it’s a route I’d had in mind for a while. In 2020, when Tonio bolted it, it really caught my eye, and I knew that when I came back to La Ramirole, it would be for this route.
– Can you describe the route, the difficulties, and what you liked about it?
What drew me to it was definitely that orange monotufa route, perched 200 meters above the Verdon, on that extremely overhanging wall. The route is both incredible and incredibly impressive. Everyone looks at it, but no one dares to try it.
In the first section, you navigate a variety of moves on a blue wall, followed by a traverse on a white wall with a distinct boulder move. You then reach a super unique rest where you can let go of the holds by sitting in a hole, and above you is this magnificent, extremely physical mono tufa section that leads you to a wall of grey spikes. The holds are exceptional, and the effort required is both extremely endurance-based and extremely demanding—you really have to stay precise with both your hands and feet to reach the final rest. Then you have a final section that’s less sustained but where you need to be precise.
Honestly, I think it’s one of the most beautiful routes I’ve ever had the chance to climb in my life. I’m so proud to have helped bring it to life.
– Can you walk us through the process and your progress on the route?
When I first started working on the route, it had only been sent once, by Romaric. The rock was brand-new, and no one my size had tried it. It took me quite a while just to figure out the moves and find my own methods. After several sessions, I finally completed all the moves, and by the end of last fall, I was really close to sending it, but the resurgences (and the stalactites) got the better of me in the process.
When I came back at the end of August, I was already moving well on the route, and I made it back to the top of the hard section pretty quickly, but it took me several weeks to figure out the remaining moves. I fell dozens of times up there—it was pretty tough mentally… but one day everything just clicked.
– Did you train specifically for this?
I had a bad case of tendonitis in my elbow at the end of last winter, so I decided to put my current projects on hold to save the season at La Ramirole. As a result, I couldn’t really train the way I wanted to, and my specific training ended up being to climb on the crag and then on the route, all while managing the inflammation. I couldn’t afford to take too many attempts on such a physically demanding and intense route—it was a delicate balancing act.
– The route has a big rest in the middle. Does that add a unique mental dimension to the climb?
When you’re perched on that rest, with that incredible view of the river, you really have time to put the world to rights, but above all, it was a great opportunity to get myself in the right mindset for what was ahead.
– It’s getting hotter and hotter in the summer due to climate change—how did you manage to find the right conditions to work on this tough route?
I really made a point of building up my strength while it was hot (or even very hot) so I could take advantage of the fall window while being both strong and in shape. That said, there weren’t many days with good conditions in September. But I have to admit that on the day I sent it, there was a crazy wind—and that was actually the day Jakob sent it, too. What a day!
– Have you explored or tried out any sustainable transportation options from your home in the Aix suburbs to get to Ramirole?
For this project, I decided to stay in the Verdon region. I arrived there in June and spent almost the entire summer on the right bank, then moved to the left bank at the end of August. It’s going to feel strange to head back to Aix!
– If there were one message you’d like to convey following your climb, what would it be?
I hope this ascent will inspire other climbers—both men and women—to give this route a try, and more generally, to tackle unclimbed routes. It’s such a shame to see these gems fall into oblivion just because they haven’t been added to 8a.nu…
Photos: Hans Radetzki



