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Chimpanzodrome
Grand Nord / Far North Il était une voie / Once upon a line

Il était une voie – Once upon a line: Chimpanzodrome

  • 12/10/2022

Derrière tout passage d'escalade, il y a d'abord une ligne, mais aussi des grimpeurs qui l'ont faite naître. Plongez au cœur de passages de légende avec la rubrique "Il était une voie", un état civil de ces itinéraires qui continuent de fasciner des générations et de façonner notre activité !

Behind every route there is a vision, and the climbers who made it reality. Dive into the history of legendary routes with the section “Once upon a line”, a sort of ‘Origins’ of these gems that keep on fascinating us generation after generation, and shaping our passion!


Chimpanzodrome

Chimpanzodrome

   Le Saussois, France

    Secteur Chimpanzodrome

    Jean-Claude Droyer, 1979

  Jean-Pierre Bouvier, 1981

Pionnier de l'escalade libre en France, Jean-Claude Droyer nous raconte le pourquoi et le comment d'un des premiers 7c+ mondiaux, archi connu : Chimpanzodrome.

C’est à l’automne 1979 que j’ai trouvé, imaginé et équipé cette voie au Saussois, alors futuriste, que j’ai baptisée “Chimpanzodrome”.

Depuis quelques années je m’étais investi à fond dans le développement de l’escalade libre (celle où on n’utilise pas les points fixes pour progresser !) et j’avais compris depuis longtemps qu’une conception sportive de l’activité allait permettre aux meilleurs grimpeurs de faire de fantastiques progrès dans la difficulté.

Fin 78, il y avait déjà plusieurs voies de cotation 7a au Saussois, ma falaise favorite, en Bourgogne (j'y avais réussi le premier 7a, l'Echelle à Poissons, dès 1977), non loin de Fontainebleau, et l’escalade libre commençait à compter un nombre croissant d’adeptes en France. L’année suivante, j’ai eu l’idée de chercher de nouvelles voies qui pourraient offrir des difficultés plus élevées, encore inconnues ! Je voulais un profil bien déversant, pauvre en prises : au centre de la falaise, il y avait une petite barre rocheuse surplombante, agrémentée de quelques trous.

Après une soigneuse inspection sur corde, j’ai pensé avoir trouvé là un beau projet, un vrai défi ! Le rocher était bon, les mouvements “concevables”, le style de grimpe nouveau (pour l’époque) ; c’était d’abord une escalade sur trous, de toutes sortes : de bons tri-doigts, des bi-doigts, certains non-crochetants et même un superbe mono-doigt bien franc, au début de la partie supérieure de la voie, la plus raide. J’ai dû bien sûr procéder à un nettoyage poussé des trous, dont bon nombre étaient obstrués par de la glaise ou même de vieilles cales de bois !

J’ai ensuite équipé la voie de trois points d’assurage scellés et j’ai cherché un nom de baptême, qui devait à mon sens marquer aussi les esprits. Après avoir hésité un certain temps, le caractère gymnique de sa gestuelle m’a fait penser à un singe et j’ai imaginé ce nom somme toute amusant et descriptif : ce sera “Chimpanzodrome”!

Oui, c’était bien beau, mais il fallait d’abord réussir à la grimper, cette voie ! L’année 80 me vit faire plusieurs séances de travail et d’essais. En gros, même si je tenais plutôt bien les prises, je manquais de potentiel de blocage : certains trous, il fallait les atteindre, d’autant que l’intensité des mouvements était forte du début à la fin (sauf le dernier mètre !). Une telle voie de résistance, c’était vraiment nouveau. À l’automne de cette année, je n’avais pas beaucoup avancé, aussi parce que j’avais eu d’autres objectifs ailleurs. Quant aux autres grimpeurs fréquentant le Saussois, tous ou presque considéraient ce projet comme une pure “utopie” !

C’est alors que Jean-Pierre Bouvier (déjà surnommé “la Mouche”) vint me demander s’il pouvait lui aussi essayer ce “Chimpanzodrome”. Jean-Pierre, que je connaissais depuis quelques années, avait été l’un des premiers grimpeurs en France à pratiquer l’escalade en libre, d’abord en Normandie, et il traçait alors son chemin vers la haute difficulté.

Bouvier commença donc à travailler la voie et il s’entraina aussi pour se donner les meilleurs atouts. Pendant l’hiver 80-81, il m’avoua se sentir proche de réussir, mais cela ne suffit pas à raviver ma motivation…

Et c’est d’un coup que tomba la nouvelle, à Pâques 1981 : Bouvier a réussit “Chimpanzodrome” ! Quel choc ! Alors que l’année précédente avait seulement connu ses premiers 7b, Jean-Pierre faisait faire un grand bond à la difficulté en falaise, un bond d’ailleurs dont le milieu ne fut pas vraiment conscient, au moins au début. Bouvier hésitait un peu quant à donner une cotation à la voie mais il sentait s’être approché d’un nouveau degré, le 8ème !

“Chimpanzodrome” attendit longtemps, au moins un an, avant d’être gravi à nouveau…, ce qui contribua à créer le mythe. Ensuite, J-B Tribout et les frères Le Menestrel rendront la voie plus “classique”, avec le premier parcours en solo ! Et Jerry Moffat, en se rendant de Grande-Bretagne à Buoux, passera au Saussois pour “flasher” la voie, ce qu’il réussira.

Quant à moi, très déçu de ne pas avoir été capable de grimper “ma” voie, j’ai connu ensuite une période de doutes, mais ma passion profonde de l’escalade a été la plus forte. J’ai retrouvé mon envie de progresser, et enfin trois ans plus tard, pendant l’hiver 84-85, j’ai réussi “Chimpanzodrome”. Ce fut un grand moment de bonheur !

A pioneer of free climbing, inspired by British climbers, Jean-Claude Droyer tells us the why and how of one of the world's first 7c+, still famous in France: Chimpanzodrome. 

It is in the autumn of 1979 that I found, imagined and bolted this line at the Saussois, then futuristic, that I called ‘Chimpanzodrome’.

In the last years before then I had gone deep into developing free climbing (where we don’t use protection as a means to ascend) and had realised for a while that a ‘sportive’ understanding of the activity was going to allow the best climbers fantastic progress in terms of difficulty.

At the end of ’78, there already were several 7as at the Saussois, my favorite crag (there I had ticked my first 7a, ‘L’échelle à Poissons’, in ’77) not far from Fontainebleau, and free climbing was getting a growing number of practitioners in France. The following year, I had the idea to look for new routes that would offer difficulties as yet unseen! I wanted an overhang, with few holds: bang in the middle of the site, there was a little overhanging face with a few holds.

After careful inspection from the top, I realised I had found a great project, a true challenge! The rock was good, the moves were ‘conceivable’, the style of climbing new (back then); it was first and foremost climbing on finger pockets, of all kinds: some good three-finger pockets, two-finger pockets, some slippery and even a superb and good mono, at the start of the upper part of the route, where it’s the steepest. Of course I proceeded to cleaning the pockets thoroughly, a lot fo which were filled with clay or even old wooden wedges!

I then added three resin bolts and looked for a name, which to me also needed to make an impression. After hum-and-hawing for a while, the gymnastic-like nature of the moves called to mind a monkey, and I dreamt up this somewhat fun and descriptive name: ‘Chimpanzodrome’!

It was all well and good, but now I had to climb this route! The year 1980 saw me invest numerous working sessions and runs. All told, even if I was fairly solid on the holds, my lock-off potential was the problem: some pockets, you have to reach them, especially since the intensity is fairly strong from start to finish (except the last meter). Such a power endurance-based route was really new. In the autumn of that year, I was still in the same place, also because I had other projects elsewhere. As for my climbing friends who visited the Saussois, almost all of them dismissed the project as pure ‘utopia’!

This is precisely when Jean-Pierre Bouvier (already nicknamed ‘the Fly’) came to ask if he could also try ‘Chimpanzodrome’. Jean-Pierre, whom I had known for a few years already, was one of the first French climbers converted to free climbing, first in Normandy, and he was well on his way to the top grades.

Bouvier started working the route in earnest, and also trained specifically to improve his chances. During the 80-81 winter, he told me he felt close, but that didn’t suffice to give me back my motivation…

Then one day the news broke, at Easter ’81: Bouvier has sent ‘Chimpanzodrome’! What a shock! Whereas the previous year had only seen its first 7bs, Jean-Pierre had just made a great leap in difficulty, a leap the climbing world did not understand, at least at first. Bouvier wasn’t too keen on grading it, but felt he had got close to a new degree, the 8th one!

‘Chimpanzodrome’ waited a long time, at least a year, before a new ascent…, which also contributed to creating the myth. After that, J-B Tribout and the Le Menestrel brothers made it more ‘mundane’, in parts with the first free solo climb of the route! And Jerry Moffat, on his way from Great Britain to Buoux, passed by the Saussois with the intention of flashing the route, which he succeeded in doing.

As for me, saddened not to be able to climb ‘my’ route, I went through a period of doubts, but my deep passion for climbing got the better of me in the end. I found the will to improve and push again, and three years later, in the winter of 84-85, I clipped the chains of ‘Chimpanzodrome’. It was a wonderful moment of pure joy!

Photo: Julien Nadiras - Témoignage/Account: Jean-Claude Droyer

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