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Interviews

Interview : Cathy Wagner et Seb Hemery, fanatiques jusqu’au bout des ongles ! -FR-

Rencontre avec Cathy Wagner (51 ans) et Seb Hemery (46 ans), couple de falaisistes français fanatiques. Pour ceux qui ne les ont jamais croisé, ces deux octogradistes confirmés chasseurs de croix basés à Romans Sur Isère (26) sont parmi les plus actifs de notre territoire : dans le huitième degré depuis plus de 20 ans ! Les photos qui illustrent sont issues de leur collection personnelle.
Cathy Wagner
– Fanatic Climbing : Pouvez-vous vous présenter rapidement l’un et l‘autre ?
– Sébastien Hemery: Je suis né en 1970 à Boulogne, en région parisienne. J’ai découvert l’escalade par moi-même à Fontainebleau fin 1988 puis la falaise à l’été 1991 par l’intermédiaire d’un groupe d’alsaciens rencontrés à Bleau. En 1995, Cathy et moi avons migré vers le sud de la France, d’abord une année à Lyon puis à Romans/Isère, où nous habitons toujours. Depuis mon arrivée dans le sud, je me suis majoritairement orienté vers la falaise, le bloc n’étant plus qu’occasionnel.
– Cathy Wagner : Je suis originaire de Strasbourg où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 20 ans. Après 2 années passées au Royaume-Uni dans le cadre de mes études universitaires, je reviens en France avant de repartir en région parisienne, ayant obtenu une bourse d’études pour me préparer aux concours de l’Education Nationale. A cette époque, je grimpais surtout dans le 6 et les jours de grande forme dans le « petit » 7ème degré.
– Fanatic Climbing : Le nombre de voies en 8ème degré au compteur chacun ? Octogradiste depuis ?
– SH : Environ 2600 voies en 8, 1er 8a en janvier 1992 (Ouragan – Saussois)
– CW : Environ 600 voies en 8, 1er 8a en décembre 1994 (Isatis – Saussois)
– Fanatic Climbing : Combien de jours en falaise faites-vous en moyenne par semaine et par an ?
– SH: Mon rythme d’escalade est plus ou moins calé sur l’emploi du temps de Cathy, je grimpe le mercredi après-midi, le jeudi et le week-end, parfois le mardi mais c’est épisodique. Il faut rajouter toutes les vacances scolaires où là je grimpe comme je le souhaite. Cela doit représenter en tout environ 250 jours.
– CW : Excepté une année (1999/2000), je travaille à plein temps depuis 20 ans dans le même lycée professionnel. Depuis 2 ans, j’ai la chance d’avoir un emploi du temps parfait ! Le mercredi, je termine les cours à 10h au lieu de 12h et dans la foulée, j’ai le jeudi de libre. En 2006, je travaillais tous les jours sauf le mercredi, c’était nettement moins sympa !
Il m’est arrivé durant les périodes de « saturation » principalement liées aux déplacement «longue distance » répétés de prendre le temps de faire autre chose ou rien le mercredi et de ne grimper « que » le jeudi ainsi que le weekend.
Cathy dans Sativa Patatica, 8a, Margalef
– Fanatic Climbing : Pouvez-vous détailler ce qui anime cette passion de collectionner les voies dures ?
– SH: Je collectionne les voies, c’est évident mais dire qu’elles sont dures est exagéré, quand on voit ce qui se fait actuellement. Enchaîner de nouvelles voies, résoudre les problèmes qu’elles offrent et par là-même découvrir de nouvelles falaises, c’est le moteur de ma motivation, je déteste la routine, me lasse très vite des même lieux et de la répétition des gestes.
– CW : J’ai pratiqué d’autres activités dans ma jeunesse (danse classique, gymnastique artistique et sportive, ski de fond, un peu de vélo de route) avant de découvrir l’escalade. Je grimpe depuis que j’ai 16 ans et, comme pour de nombreux grimpeurs, c’est devenu bien plus qu’un sport. J’ai fait une courte pause de quelques mois en 2007 mais j’y suis finalement revenue !
Collectionner les voies dures ?
Je pense qu’une pratique régulière permet de maintenir son niveau mais réaliser des voies plus dures suppose de s’investir différemment en se focalisant sur une voie unique.
Ça ne me tente pas plus que cela… Disons que je préfère enchaîner dans le 8 que dans le 7 et sans que cela devienne un chantier ! Je n’ai pas de problème avec la routine mais j’aime enchaîner plein de voies !
Cathy dans Tu mismo con tu organismo, 8a, Frankenjura
– Fanatic Climbing : Dans toutes ces voies enchaînées, quelle importance accordez-vous à la ligne ? A la cotation ?
– SH : Au risque de faire hurler, honnêtement entre un 7c+ majeur et un 8a moyen je prends le 8… Je collectionne les 8 pas les 7. Après dans les 8, je prends la ligne qui m’attire le plus et que je pense pouvoir enchaîner dans le temps qui m’est imparti. Concrètement, si la ligne c’est le 8b+ et que je suis là pour un jour, je regarde ce qu’il y a entre 8a et 8b.
– CW : Avec du recul, je suis particulièrement fière des voies que j’ai pu faire au Frankenjura dans un style court, puissant et bien exigeant pour moi. Peu d’entre elles offraient une ligne (joli petit bombé criblé de trous ou mur sculpté mais sans envergure). Ce qui me plaisait, c’est la concentration de la difficulté pure. Là-bas, clairement c’est la difficulté pour la difficulté. Y retourner, c’est la rouste assurée !!
A présent, je ne fais plus que des voies longues sur colonnettes principalement, et bien sûr, les lignes sont souvent présentes mais à même difficulté, l’escalade est souvent une déroulante. Mon grand regret est de pas avoir enchaîné « Snail Paradise » au Pic St Loup, une ligne impressionnante offrant une escalade soutenue en deuxième partie où il faut s’employer jusqu’en haut. Une voie longue mais pas vraiment une déroulante pour les ancêtres.
Cathy dans White Water, 8a, Schleierwasserfall, Autriche
– Fanatic Climbing : A la falaise, avez-vous des routines (échauffement, stratégies de travail ou de choix de voies) pour arriver rapidement à être performant pour la suite de la journée ?
– SH : Après toutes ces années, je crois que je peux dire que je me connais. Depuis toujours je m’échauffe très peu, quelques échauffements généraux et je monte repérer mon projet du jour, puis fais un essai. Cela peut être différent si le projet est une voie que je connais. Selon la configuration de la voie (type d’effort, prises douloureuses…), je vais une voie d’échauffement adaptée (entre 7a et 7b+) ou un morceau de la voie essayée. Pour la stratégie de travail c’est généralement moi qui mets les voies au point, je suis rapide et assez inspiré pour trouver des méthodes qui fonctionnent bien. J’essaye d’être judicieux dans le choix des voies en fonction de ma forme et aussi des conditions météo, on n’essaye pas une voie de rési longue sur réglettes par 5 degrés à l’ombre en plein vent, si on a le choix!
– CW : Je crois bien que je m’échauffe de moins en moins … et le volume s’en ressent ! Franchement, je n’ai jamais eu la « patience » de m’échauffer et c’est une erreur. Mes quelques flashs en 7c+ et 8a ont été réalisés sans mise en route dans une voie d’échauffement mais en même temps elles s’y prêtaient bien.
Les rares échauffements que je pratique en ce moment, ce sont ceux que l’on fait en cours de Tai-Chi, cours débutés il y a un an, ça me plaît bien, cela permet de faire circuler l’Energie en douceur et de réviser au pied des voies le peu de choses que je sais faire pour l’instant !
Après, nous avons tous deux la même approche en falaise et au final, je pense que cela est un bénéfice. Sans prétention, nous sommes plutôt efficaces, enfin surtout Seb !
Il est vrai qu’à chaque fois que je bénéficie de ses mises au point (et cela est très fréquent), j’augmente mes chances d’enchaîner tout de suite !
Je suis capable de mettre au point une voie que j’essaie seule et j’aime bien ça aussi, mais le déchiffrage est long, parfois très long et me coûte quelques fois la possibilité de faire un essai valable le même jour.
– Fanatic Climbing : Quelle place accordez-vous au à vue dans tout ça ?
– SH : Jusqu’à une dizaine d’année, j’en faisais régulièrement (jusqu’à 8a) mais maintenant quasi plus. Avec l’âge je ne prends plus de risques, je rentabilise les déplacements, je mets au point, j’enchaîne et comme ça j’ai la possibilité de faire plusieurs voies dans la journée. Si tu donnes tout dans le «à vue» et que tu échoues, tu es mort pour la journée… Oui c’est une attitude de consommateur, je ne suis pas très joueur et je l’assume totalement.
– CW : J’adore tenter un enchaînement au 1er essai (second go) ou essayer de flasher de temps à autre mais je suis totalement imperméable au à vue.
Seb au réveil dans sa résidence secondaire
– Fanatic Climbing : Racontez votre meilleure journée en falaise
– SH : C’est difficile d’affirmer d’une journée qu’elle est la meilleure parmi toutes les journées passées sur les falaises, mais j’en citerai une qui pour moi est marquante. En 2006, j’essayai « Les Spécialistes » au Verdon, le mercredi je tombe en haut et Cathy travaillait 2 heures le lendemain matin, on rentre donc le soir à Romans, on retourne au Verdon dans la matinée du jeudi et l’aprem je fais la voie et on rentre à Romans pour les cours du vendredi. Le Verdon – Romans, c’est 4 heures de route aller. C’est l’adversité qui donne aux réalisations un goût particulier.
– CW : Je garde un souvenir intense d’un jour de novembre 1996 à Buoux, la falaise qui nous faisait rêver à cette époque. Le matin, je venais à bout de « La Diagonale du Fou » bien impressionnante pour moi et quelques heures plus tard, Seb enchaînait « La Rose et le Vampire ». C’était il y a 20 ans mais je m’en rappelle très bien !
– Fanatic Climbing : Et votre pire journée en falaise ?
– SH : Pour moi le pire est associé aux blessures. En décembre 2007, Cathy et moi avions exactement 4 heures de libre dans l’après-midi ; j’en ai profité pour aller grimper rapidement à St Croix (un nom prédestiné) dans le Diois. Il faisait froid et humide, la voie était mouillée, j’ai fait un essai et zippé d’une pince dans le toit avec le talon gauche bloqué dans un bac. Résultat : rupture des ligaments croisés du genou. J’ai pris le pari de ne pas être opéré, mais j’ai remarché normalement que l’été suivant. Pratiquement 10 ans plus tard je dois toujours être vigilant avec le genou gauche. Un conseil : écoutez la petite voix qui vous dit «Aujourd’hui je le sens pas bien».
– CW : Certainement en octobre 2015, quand je tombe dans l’avant-dernier mouvement de « Snails Paradise » au Pic St Loup, un mouvement de lolotte appuyée et un peu dynamique et qui a fini en grosse entorse du genou (ligament latéral interne). J’étais vraiment dégoûtée et avais peine pour moi, quel échec, si près du but!. Seb était navré lui aussi et insistait pour redescendre, ce que j’ai refusé net puisque de son côté, il prévoyait de mettre un run dans « Dieu ». La douleur étant supportable, je l’ai assuré et il a enchaîné et moi j’étais super contente pour lui ! Après, le plus dur a été de descendre sur les cordes fixes avec une patte folle.
Cathy dans Amboss 8a+, Frankenjura
– Fanatic Climbing : Une anecdote insolite qui vous est arrivée en falaise ?
– SH : Une petite histoire sur la subjectivité des cotations. Un été, Cathy et moi étions dans les Dolomites dans un secteur du Val San Nicolo. On attendait l’ombre, arrive alors un couple de grimpeurs légendaires dans les Dolos et de plus, équipeurs du site. On commence à discuter, ils me demandent si nous avons besoin d’infos. Je leur dis que j’ai un petit topo perso (j’ai l’habitude de faire des topos des falaises où nous allons à l’aide de toutes les infos que je peux récupérer), ils regardent mon topo et me disent «Oui c’est bien, mais les cotations sont vraiment très sévères», ce à quoi je réponds «Sure, but it’s yours».
– CW : Toujours dans les Dolomites, en été 2004. Suite à une fausse manœuvre sur un des parkings en bordure de route, en haut des Cinco Torri, je vois notre kangoo partir de travers sur 50 mètres dans une pente herbeuse à 30% avec Seb au volant… Elle s’est arrêtée d’elle-même en bas de la pente, où elle est restée bloquée jusqu’à ce que l’opération remorquage ne débute quelques heures plus tard. Et c’est une remorque elle-même perdant de l’huile qui est venue nous secourir. Deux treuilles ont été nécessaires pour la remonter sans qu’elle ne se retourne, sous le regard ébahi des touristes. Une journée interminable …. Le lendemain matin, après un stop au garage dans la vallée pour vérifier l’état de notre voiture-maison, retour aux Cinco Torri et Seb enchaîne la voie prévue la veille. Fanatique, tu dis ?
Käsenkuchen addict
– Fanatic Climbing : Votre avis sur l’escalade indoor et son avènement ? La compétition ? L’escalade olympique ?
– SH: Personnellement, je n’ai aucune expérience de la compétition et j’ai très peu fréquenté les SAE. Lorsque je m’entrainais plus sérieusement j’avais un pan perso. Le développement des salles d’escalade me semble une bonne chose pour les pratiquants, cela offre des structures d’entraînement de qualité en constante évolution. Mais d’un autre côté, il y a des pratiquants issus des SAE qui n’ont aucune expériences du milieu extérieur et s’y comportent comme en salle. Ils ne regardent pas l’état de l’équipement, des dégaines en place, assurent sans prêter attention aux dangers potentiels que peut présenter une voie comme une mauvaise chute, un clippage délicat ou une zone de rocher fragile et cela est propice aux accidents. L’inscription de l’escalade aux JO est certainement une bonne chose pour le monde de la compétition, cela donne une reconnaissance à l’activité et devrait drainer des sponsors qui avant ne s’y intéressaient pas. En revanche, et de l’avis même de nombreux compétiteurs, le format retenu semble inapproprié et de plus il n’est pas encore définitif. A moins de 4 ans des épreuves, ça fait un peu amateur et globalement pas très respectueux pour la génération de compétiteurs arrivant maintenant à maturité, ça fait des années qu’ils s’entraînent pour un type de compète et subitement tout est à revoir Je ne comprends pas pourquoi c’est un combiné de la vitesse, de la difficulté et du bloc qui déterminera les médaillés. Pourquoi pas un classement par épreuve et libre aux athlètes de participer à plusieurs épreuves s’ils le souhaitent. Peut-être est-ce une question d’attrait visuel, mais honnêtement à part le bloc, l’escalade indoor n’est pas très distrayante et en plus le non initié n’y comprend rien, mais c’est le cas d’un bon nombre de disciplines des JO, alors pourquoi vouloir faire de l’escalade un spectacle.
– CW : Je comprends tout à fait la réserve des compétiteurs qui ont donné leur avis sur le sujet. Dans l’état actuel des choses, le format olympique prévu me semble inadéquat et d’une certaine façon injuste vis-à-vis des compétiteurs qui certainement poussent l’entraînement à l’extrême et pour la majorité sont dans le circuit bloc ou la difficulté.
Seb dans Akira, 8b, Frankenjura
– Fanatic Climbing : Que pensez-vous de l’état de l’équipement et de la gestion des sites naturels en France ?
– SH: Là c’est un vaste sujet…De ce que je constate, et je vois énormément de sites, c’est très hétéroclite. Si tu prends l’exemple de la Drôme, la gestion et l’entretien de l’équipement est bon, en partie grâce au travail de Philippe Saury au sein du CD-26 mais il n’en va pas de même partout. Lorsque je vois l’état de l’équipement de certains secteurs de Nice comme le mur Jacob à la Turbie avec des spits acier de 10mm datant du milieu des années 90 et qui ne tiennent plus grand-chose (nous l’avons constaté lors du rééquipement d’une voie, casse instantanée d’un des points du relai en le dévissant!!!) ou de certains spits de Peillon totalement rouillés et recouverts par la calcification, j’ai du mal à croire que la vente du gros topo de la région participe à l’entretien des sites, alors que la vente des nouveaux topos du CD-26 oui. Je crois qu’au-delà des moyens, c’est avant tout une question de personnes et de leur volonté d’implication. Pour ce qui concerne la gestion future des sites naturels, il semble y avoir du changement à l’horizon. Je ne suis pas au fait de la législation en vigueur, mais je m’interroge. Les récents accidents survenus et les frais qu’ils ont entraîné pour la FFME ont conduit celle-ci à geler les conventions.
La FFME souhaite faire évoluer la loi afin de dédouaner les propriétaires de sites de toute responsabilité en cas d’accidents mais c’est là que je ne comprends plus. C’est déjà le cas des sites conventionnés, si les conventions évoluent et que ni la FFME, ni les propriétaires ne sont responsables, à qui celle-ci incombe-t-elle? Quel serait alors le rôle d’une convention? Légiférer sur l’autorisation du site? Garantir l’équipement et l’entretien? La FFME ne voulant certainement plus prendre de risques, on va vers un équipement normalisé, c’est la mort de toute initiative personnelle en matière d’ouverture. Pourquoi tout simplement, si on fait évoluer la loi, ne pas mettre l’escalade sur le même plan que l’alpinisme. Ce sont 2 activités à risques, aux pratiquants d’en assumer les conséquences, à partir du moment où les propriétaires, privés ou publiques ont donné leur accord pour le développement du site, tout est en ordre. Mais bon, on parle là de loi, de responsabilité, d’assurance et donc d’argent, un mélange explosif! Toujours est-il que le développement d’associations de type Greenspits ne peut-être que bénéfique car quelle que soit la direction prise par les instances officielles, ces associations pourront toujours servir comme négociateurs potentiels entre les propriétaires des sites et les grimpeurs. Si ceux-ci ne se regroupent pas ils ne pèseront pas bien lourd.
– CW : C’est un lieu commun mais l’escalade est un sport à risque et tout pratiquant évoluant en falaise conventionnée ou non devrait accepter de le faire à ses risques et périls. Les grimpeurs –équipeurs experts comme Christophe Louis, Antonin Rhodes et Fédric Ferraro qui développent depuis des années des secteurs entiers en y injectant temps libre et budget pour offrir des nouvelles voies majeures, franchement, cela force le respect et j’ai totalement confiance en eux. Mais le risque zéro n’existe pas et il faut rester vigilant même quand la pratique relève d’une certaine routine.
– Fanatic Climbing : Vous qui grimpez beaucoup à l’étranger, quel pays vous semble avoir le plus de potentiel dans les années à venir ?
– SH : Personnellement je ne connais qu’une partie de l’Europe (Ouest et Sud) et là pour moi c’est sans conteste l’Espagne, tant par la quantité de rocher que par la qualité.
– CW : Réponse sans grande originalité, pour moi aussi L’Espagne.
Cathy à Salares dans les Dolomites
– Fanatic Climbing : Votre Top 5 de sites de grimpe et pourquoi ?
– SH: 1 Rodellar (Espagne). Pour l’escalade sportive c’est un paradis, il y a un énormément de voies de grande qualité, le style est très agréable, très dévers, c’est des voies d’efforts peu traumatisantes, le cadre grandiose et les possibilités d’hébergements importantes au sein même du site. On y vient, on se pose et on grimpe. Dommage que certaines années la saison soit si courte.
2 Frankenjura (Allemagne). C’est en terme d’escalade tout l’opposé du précédent, mais j’ai voué un culte au lieu pendant pratiquement 10 ans alors il y a forcément un peu de subjectivité là-dedans. Bien sûr les voies sont courtes mais elles ne font pas toutes 10 mètres et ne sont pas que d’infâmes pas de bloc sur mono comme le dit la légende. Tu peux trouver tous les styles d’escalades dans cette forêt parmi plus de 5000 voies existantes. La région est agréable, la vie pas chère, les gâteaux (Käsekuchen) incontournables et après un séjour au Franken le gain de force est assuré.
3 Le Verdon (France). Le site est mythique, démesuré et c’est un des berceaux du libre en France. Entre les deux rives, tous les styles d’escalade sont présents en grande quantité avec une qualité de rocher quasiment inégalée. Cela va des grandes voies des gorges sur un rocher gris unique, au monstre dévers de conti à colos de La Ramirole, au rocher jaune et bleu à trous des secteurs au-dessus de Moustiers. Il y a encore un potentiel infini au Verdon pour ceux qui veulent équiper dans des endroits, il est vrai, pas toujours facile d’accès.
4 Gimmelwald (Suisse). C’est une petite barre très dévers au sommet d’un vallon en face de l’Eiger dans l’Oberland Bernois. La qualité du rocher et des voies n’a rien à envier à Ceüse. Le secteur est très élitiste, la voie la plus facile est un unique 7c+ puis s’en suit une vingtaine de voies entre 8a et 9a, majoritairement entre 8b+ et 9a, mais par exemple une voie comme «Surfer’s paradise» 8a+ est à tout point de vue une des lignes incontournables de la falaise. Un bémol toutefois, l’accès se fait au moyen d’un téléphérique payant et d’une marche de 40 minutes (peu raide). De par la géographie du lieu, la saison est courte et les conditions optimales difficiles à trouver. C’est véritablement une falaise de passionnés.
5 Schleierwasserfal (Autriche). C’est une très belle falaise cachée dans la montagne (40minutes de marche), un très beau cadre (la cascade est superbe, rafraichissement garanti l’été), les voies sont naturelles, le rocher de grande qualité et le style plaisant. C’est une escalade physique allant du léger dévers au méga dévers sur prises plus ou moins bonnes parfois ponctuée de pas de bloc. Eh oui la nature fait rarement des choses totalement homogènes. Il est possible d’y grimper presque toute l’année, j’y suis monté en raquette l’hiver, en plein soleil les conditions étaient démentes. En été, lorsque le soleil est au plus haut, la falaise est quasiment à l’ombre, avec un peu d’air et l’altitude de 1200m les conditions sont plus qu’acceptables.
– CW :
1 Même coup de cœur pour Rodellar mais aussi certaines falaises en Andalousie : la perfection à l’état pur ou presque.
2 Le Pic St Loup pour le cadre, ses lignes incroyables et l’ambiance aussi bien dans les voies qu’au pied des voies. Trop sympas les locaux !
3 Le Franken, ah le bon vieux Franken, quasi tous les étés pendant 10 ans à s’exciter sur des voies explosives qui ne me convenaient pas du tout, que de découragement par moments mais quelle joie quand les voies finissaient par tomber. Plein d’autres souvenirs évidemment, comme les soirées squat dans les cabanes que l’on partageait avec d’autres grimpeurs venus parfois du monde entier ou bien avec nos amis alsaciens.
Pour les gourmands, le Franken, c’est aussi l’endroit rêvé pour ses Käsekuchen ou Himberkuchen, dont la taille est inversement proportionnelle à celle des voies. Notre devise alors : «A chaque 8, un gâteau ». Eh bien grâce à Seb, c’était un gâteau par jour au pire des cas !! Heureusement, le jour où il en a enchaînées 6, j’étais encore en France…
Sinon, on y a aussi grimpé avec les locaux très très forts très très énervés une fois encordés; j’avais rarement vu des grimpeurs avec autant d’influx et de force pure !
Enfin, de très belles amitiés ont vu le jour pendant toutes ces années, des amitiés durables.
4 Les falaises sportives dans les Dolomites pour la beauté des paysages, la lumière les jours de grand beau, la variété des falaises, la diversité des inclinaisons, la bonne qualité du rocher, la magnifique flore alpine (avez-vous déjà vu un champ d’edelweiss ?) sans oublier les gelati bien sûr.
5 Le Peak District et particulièrement le gritstone. A cette époque, batailler avec les coinceurs et surtout sa propre peur, associée à un manque de technique globale en fissures ou pire en dalle (souvent exposée) a été une expérience laborieuse mais enrichissante. J’ai le souvenir de journées émotionnellement intenses dans un cadre grandiose, le vent omniprésent balayant la bruyère et soulevant nos cordes à double lorsque nous descendions en rappel pour récupérer les coinceurs posés.
Seb en plein crux dans les Spés 8b+
– Fanatic Climbing : Votre Top 5 de voies qui vous ont marqué et pourquoi ?
– SH : 1 Les Spécialistes 8b+ (Verdon/France). La ligne est parfaite, le rocher aussi, l’escalade physique et exigeante. La voie a une histoire, c’est presque un mythe (rivalité Tribout/Edlinger). Pour moi faire cette voie c’est un peu comme un rêve, tellement à mes débuts de grimpeur la vidéo «Passion extrême» de P Edlinger dans la voie m’a fasciné.
2 Ghettoblaster 10/10+ (Frankenjura/Allemagne). A nouveau c’est une voie historique, l’une des toute premières de cette difficulté ouverte en 1986 par Wolfgang Güllich. La ligne est située sur un monolithe et passe au plus dévers de la face. C’est une escalade de force/rési d’une quinzaine de mouves sur mauvais bi et mono dans un rocher gris et blanc qui incarne parfaitement l’image pas toujours justifiée que les gens ont du Franken. Là-bas c’est une «classique» que tout frankonien digne de ce nom se doit d’avoir fait.
3 The number of the beast 8b (Otinar/Espagne). La ligne est superbe, c’est vraiment UNE ligne de colos incroyables aux couleurs bleu et orange. L’escalade l’est tout autant, démarrant par un bloc physique et complexe puis suivi de plusieurs sections entrecoupées de repos le tout sur des prises démentes pendant 35 mètres.
4 Trümmelbach 8b+ (Gimmelwald/Suisse). C’est la ligne centrale dans le méga devers orange, il y a rien à jeter dans la voie, tout y est. Un départ bloc physique suivi par de la rési, un gros repos en plein devers et une section finale torride dont le crux est le dernier mouve.
5 Seewurm 8a+ (Ötztal/Autriche). C’est rare de trouver des voies de granit de ce genre et de cette qualité. Le granit est génial, proche du grès avec des formes arrondies avec un grain très fin. L’escalade est globalement homogène, c’est une voie d’effort très déversante, chose rare dans les falaises de granit dans les alpes. En plus le cadre est top, la falaise domine un lac d’altitude, on assure depuis une petite vire avec vue sur celui-ci.
CW : Pas facile, tellement de voies m’ont comblé de joie. On va dire :
1 Amboss, X- (Frankenjura / Allemagne). Une voie compacte, bloc puis rési ouverte dans un très beau calcaire. En face sud, l’été, soleil à 11h…. Un coup de froid inespéré m’a permis de l’enchaîner et des grimpeurs espagnols ont fait une ola debout sur la galerie de leur van en mon honneur! Cela faisait des jours qu’ils me voyaient repartir bredouille. Moment très fort partagé avec Seb.
2 La Réserve, 8b (Face Sud de St Léger). Un grand merci aux copains belges à l’assurage ! On a fini à la nuit.
3 Space, 8a (Zillertal / Autriche). Très jolie falaise et une voie puissante nécessitant compression et gainage. Enchaînement désespéré le dernier jour des vacances d’été, avant le retour en France. J’ai hurlé comme jamais, du fond des tripes. Avec Seb, Peter et Marietta disparue en novembre 2014.
4 Seewurm, 8a+ (Ötztal/Autriche). Une voie sur granit dans toute sa perfection. Observer perchés sur notre vire, les baigneurs dans l’eau du lac et à notre descente, faire quelques brassées dans cette eau à 23 degrés d’une grande pureté. Un pur moment de plaisir.
5 Mr Benjoin, 8b (La Ramirole). Que dire ? Ligne et mouvements exceptionnels. Grimper, c’est fabuleux mais grimper sans stress, c’est magique !
Cathy dans Space, 8a, Zillertal, Autriche
– Fanatic Climbing : Vos objectifs en falaise à moyen et long terme ?
SH: Mes objectifs sont de maintenir le plus longtemps possible mon niveau afin de pouvoir continuer à grimper et me faire plaisir dans des voies qui m’attirent, mais bon faut être lucide, je ne vais pas faire «Biographie». Mais avant tout il est capital d’éviter les blessures car avec l’âge, c’est de plus en plus long et difficile de récupérer, voire impossible et grimper, pour moi c’est VITAL.
CW : Tant que cela me procure du plaisir, je continuerai à grimper mais je sens bien qu’un jour ou l’autre, je prendrai ma retraite ! Je ressens depuis quelques années le besoin de prendre le temps, le temps de vivre autrement, sans courir après le temps… mais la grimpe, c’est vraiment un truc de dingue et on y retourne et ça fait 20 ans que ça dure !!
Seb à Santa Linya

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