Quand des talents de la trempe de Janja Garnbret trainent dehors en pleine saison internationale et croitent, nous ne pouvons qu’être heureux ! Elle avait essayé la voie en fil rouge depuis l’été 2024, mais les essais sont finis: la star slovène vient de s’offrir la 6ème ascension de « Bibliographie » (9b+) à Céüse ce samedi après-midi, expliquant de fait ses absences et son début de saison inhabituellement teinté d’argent et non d’or sur les deux premières étapes de coupe du monde chinoises de 2026. Et pour cause!, les vrais objectifs de la double médaillée olympique étaient résolument tournés vers le projet après-travail dans lequel elle s’était le plus investi jusqu’alors en falaise, la désormais mythique « Bibliographie » à Céüse, équipée par Ethan Pringle en 2009 et réalisée la première fois par Alex Megos en 2020. Nous avions été témoin du défrichage de « La Dura dura » par la Slovène il y a quelques années, c’est finalement en France et sur « Bibliographie » que Janja a donc plutôt jeté son dévolu en falaise. Elle avait défriché la ligne pour la première fois à l’été 2024, et avait réalisé ses premiers runs dedans dans la foulée où elle tombait au crux principal médian, avant de revenir encore la saison dernière travailler l’affaire sur quelques séjours éclairs où elle avait dû apprendre la patience sur les conditions et l’importance d’avoir une bonne peau pour arriver à serrer correctement ces prises particulièrement abrasives.
« Bibliographie » devient donc le second 9b+ féminin mondial confirmé après la réussite de Brooke Raboutou dans « Excalibur » au printemps 2025 : « Bibliographie » propose 35 mètres d’escalade déversante à doigt avec un 8b+ d’approche, un crux en 8A+ bloc de 4 mouvements suivi d’un final conti en 9a. Concernant Janja, c’est une réalisation marquante de plus à mettre à son actif, et un nouveau point d’orgue à sa montée en puissance concernant les réalisations en milieu naturel ces dernières années, preuve d’un intérêt grandissant, avec ces derniers temps des blocs extrêmes réalisés comme « Dreamtime » ou « Bügeleisen sit », des 8c à vue en pagaille, ou encore le flash de « Pure dreaming » 8c+ l’automne dernier.
Voici son commentaire :
« Certaines voies laissent une empreinte en toi bien avant même que tu n’atteignes les chaînes.
Pendant longtemps, se coller à un projet a été l’un des aspects les plus difficiles en escalade pour moi. J’adore la diversité de cette discipline. Je me réveille chaque jour avec l’envie d’essayer quelque chose de nouveau : une voie différente, un style différent, un défi différent. C’est ce qui m’a toujours passionné.
C’est pour cette raison que si je ne parvenais pas à venir à bout d’une voie rapidement, je perdais souvent tout intérêt. Il y avait toujours une autre voie, un autre objectif, une autre idée qui m’attendait. Revenir, échouer à nouveau et choisir la même voie jour après jour n’a jamais été quelque chose qui me venait naturellement.
Cette voie m’a demandé quelque chose de différent : de la patience, de l’engagement et de la présence. Elle m’a demandé d’écouter, de faire confiance, d’apprendre et parfois de lâcher prise. De revenir encore et encore, même lorsque les progrès semblaient minimes ou invisibles. Cela m’a appris à ralentir et à accepter que la progression n’est pas toujours évidente. À croire que chaque tentative, chaque petit ajustement, chaque leçon contribuait à quelque chose, même quand cela ne semblait pas être le cas.
Il y avait des jours où je quittais le mur en souriant et d’autres où je partais frustrée. Des jours où chaque mouvement semblait possible, et d’autres où je remettais tout en question. Des jours où l’ancienne version de moi-même voulait s’en aller et courir après quelque chose de nouveau. Mais d’une manière ou d’une autre, je revenais toujours.
Plus qu’une simple cotation, cela ressemble à une victoire personnelle sur une vieille façon de penser. J’ai appris que tous les objectifs ne doivent pas nécessairement être atteints immédiatement. C’est découvrir une patience que je ne pensais pas posséder. C’est comprendre que certaines des plus belles choses de la vie se produisent quand on savoure pleinement la journée plutôt que de se précipiter vers la destination.
En clippant la chaîne, je ne pensais ni aux niveaux ni aux étapes importantes. Je pensais à la chance que j’ai. Chanceuse d’avoir trouvé une passion qui m’inspire encore après toutes ces années. Chanceuse de la partager avec des gens qui enrichissent chaque expérience. Chanceuse de continuer à découvrir de nouvelles choses sur moi-même grâce à l’escalade.
À tous ceux qui m’ont soutenue, encouragée, qui ont cru en moi et qui ont partagé ce parcours avec moi : merci. Les voies vont et viennent. Les cotations vont et viennent. Mais certaines expériences restent gravées à jamais dans votre mémoire. Mon cœur est comblé. »
Photo : Red Bull

When talents of Janja Garnbret’s caliber are out climbing in the middle of the international season and nailing it outside, we’re psyched! She’d been trying the route on and off since the summer of 2024, but the attempts are over: the Slovenian star just made the 6th ascent of “Bibliography” (9b+) in Céüse this Saturday afternoon, effectively explaining her absences and her unusually silver-tinged—rather than gold-tinged—start to the season at the first two stages of the 2026 World Cup in China. And for good reason! The two-time Olympic medalist’s true goals were firmly focused on the project she had invested the most in to date: the now-legendary “Bibliographie,” Céüse, bolted by Ethan Pringle in 2009 and first climbed by Alex Megos in 2020. We had witnessed the Slovenian’s pioneering of “La Dura dura” a few years ago, but it was ultimately in France and on “Bibliographie” that Janja set her sights in the redpointing game. She had touched the route for the first time in the summer of 2024, and made her first attempts on it, where she fell at the main crux in the middle, before returning again last season during a few quick trips where she had to learn patience with the conditions and the importance of having good skin to properly stick those particularly sharp holds.
“Bibliographie” thus becomes the second confirmed 9b+ in the world climbed by a woman following Brooke Raboutou’s ascent of “Excalibur” in the spring of 2025: « Bibliographie » is a 35 meters long overhanging fingery climb with an 8b+ approach, a crux consisting of a 4-move 8A+ boulder problem followed by a 9a stamina finish. As for Janja, this is yet another remarkable achievement to add to her list, and a new high point in her rise to prominence in outdoor climbing in recent years—evidence of a growing interest, with recent extreme boulders like “Dreamtime” or “Bügeleisen sit,” a bunch of 8c onsights, and the flash of “Pure Dreaming” 8c+ in Arco last fall.
Here is her commentary: « Some routes leave a mark on you long before you ever reach the chains.
For a long time, projecting was one of the hardest parts of climbing for me. I love the variety of climbing. I wake up wanting to try something different every day. A different climb, a different style, a different challenge. That’s what has always excited me.
Because of that, if a route didn’t happen quickly, I often lost interest. There was always another route, another goal, another idea waiting. Coming back, failing again, and choosing the same route day after day was never something that came naturally to me.
This route asked something different of me: patience, commitment, and presence. It asked me to listen, to trust, to learn, and sometimes to let go. To return again and again, even when progress felt small or invisible. It taught me to slow down and accept that growth isn’t always obvious. To trust that every attempt, every small adjustment, every lesson was adding up to something, even when it didn’t feel like it.
There were days when I left the wall smiling and days when I left frustrated. Days when every move felt possible, and days when I questioned everything. Days when the old version of me wanted to walk away and chase something new. But somehow, I kept coming back.
More than a grade, this feels like a personal victory over an old mindset. I learnt that not every goal has to happen immediately. It’s discovering a level of patience I wasn’t sure I had. It’s understanding that some of the most beautiful things in life happen when you fully embrace the journey instead of rushing to the destination.
Clipping the chains, I wasn’t thinking about grades or milestones. I was thinking about how lucky I am. Lucky to have found a passion that still inspires me after all these years. Lucky to share it with people who make every experience richer. Lucky to keep discovering new things about myself through climbing.
To everyone who supported me, encouraged me, believed in me, and shared this journey with me: thank you.
Routes come and go. Grades come and go. But some experiences stay with you forever.
My heart is very full. »
Photo : Red Bull



