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Mattéo Marobin - Jungle Boogie
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Mattéo Marobin répète Jungle Boogie à Céüse ! – Mattéo Marobin repeats Jungle Boogie at Céüse! (+intw)

  • 10/07/2026

On vous avait déjà parlé de Mattéo Marobin, jeune talent pyrénéen, qui avait déjà fait parler de lui au pays. Dernièrement Mattéo est toujours en mode « try hard » un peu plus loin de ses bases, passant du temps entre Oliana où il projette « Fight or flight » l’hiver et notamment Céüse l’été, où il avait déjà répété « 3 degrees of separation » il y a deux ans. Il vient de cocher une rare répétition du teigneux et très à doigts « Jungle Boogie » 9a+ réputé dur pour le niveau qu’il avait raté de peu l’an dernier, annonçant sa plus belle croix en falaise. La voie avait été libérée par Adam Ondra en 2012 fait 30 mètres de long et propose un début très soutenu marqué par des mouvements puissants sur arquées avant une traversée sur un bombé tout en compression sur les 20 premiers mètres, dans un style particulièrement exigeant. Mattéo réalise la 9ème ascension connue seulement de « Jungle boogie », et la seconde ascension française après Nico Pelorson en 2022. Nous en avons profité pour faire le point avec lui.

– Tu annonces avoir projeté Jungle Boogie un peu par défaut car il y avait trop de monde dans « Biographie », quel est ton regard sur la surfréquentation à Céüse et sur l’effet de mode sur certaines voies ?
C’est vrai que mon plan à la base c’était plutôt « Biographie ». Je ne sais pas si on peutdire par défaut pour « Jungle Boggie », mais je n’aime pas forcément quand tu fais la queue dans une voie, tu partages pas grand chose avec la voie. AU sens où tu ne peux pas mettre les dégaines dans le sens que tu veux, tu ne peux pas mettre des runs où tu veux, tu es tout le temps obligé de t’adapter. Quand j’essaie une voie, j’aime être tout seul avec elle. C’est pour cela que je suis allé dans « Jungle Boogie », mais aussi car c’est une voie un peu oubliée, réputée très dure, très bloc, destructrice de peau. Je ne sais pas si cette voie a mauvaise réputation, mais quand on parle de « Biographie », c’est la plus belle voie du monde, « 3 degrees » c’est la voie mythique, et « Jungle boogie » c’est la voie ingrate. Je suis un grimpeur qui marche pas frocément dans les sentiers battus, et cette voie oubliée et ingrate, je m’y retrouve bien dedans, ça s’est fait naturellement. Quand j’ai vu les noms des répétiteurs, ce sont que des grimpeurs de légende, des gens qui m’inspirent, donc je me suis dit pourquoi pas essayer d’ajouter mon nom à côté.

– Parle-nous de ta découverte de »Jungle Boogie » et du processus l’été dernier ? Peux tu décrire les difficultés ? Et tes progrès dans la voie ?
Ca s’est fait assez bien, car pour moi c’est de la pure endurance de force, avec 35 mouvements durs, et c’est exactement ou presque la même intensité, le style d’effort que j’affectionne le plus, avec 90% d’arquées, ce que j’adore. les mouvements sont vraiment classes, tu fais une traversée sur une rampe, les arquées sont derrière, et c’est un peu piégeux. Le processus de travail a été relativement satisfaisant, car au début ça va vite, et vu que c’est de l’endurance de force, quand tu as les réserves de force épuisées, rajouter le moindre mouvement devient extrême. Je suis tombé pendant un mois sur un mouvement aux 2/3, et quand j’ai enfin passé ce mouvement, motivé et assuré par Yannick Flohé. Pendant 2/3 semaines, je suis tombé au dernier mouvement très dur (cf vidéo ci-dessous) : un croisé sur un bidoigt à la fin de la rampe. C’est traitre, car Stefano Ghisolfi disait dans sa vidéo que c’était le dernier mouvement dur, mais il est blindé de rési, et la dernière section n’était pas dure pour lui. perso je sentais que c’était possible de tomber encore après.

Mattéo Marobin - Jungle Boogie
Photo : Emile Pino



– Une tempête a ruiné tes dernières chances l’an dernier, reviens sur cette anecdote ?
Après 10 chutes dans ce bi-doigt, je réussis enfin à passer ce mouvement grâce à un micro calage, et je suis tombé dans le bac final car j’ai pris la tempête. Elle était annoncée à 18h, donc on était monté plus tôt que d’habitude, et on sentait que cela pouvait arriver à tout moment. J’étais en train d’assurer mon binôme dans « 100 patates », un 7b long et il devait retirer les dégaines. Au final j’ai mis le run 5 minutes trop tard, mais de faire la voie un an après, cela fait finalement une belle histoire à raconter, même si sur le coup je me suis demandé comment je faisais pour avoir un karma si négatif !

– Tu as rapidement fini la voie cet été après quelques séances, qu’est ce qui a fait la diff par rapport à l’an dernier ?
Oui c’est vrai que cette année, cela a été plutôt rapide, en 3/4 séances j’avais retrouvé mes sensations. Ce qui a fait la différence, c’est que j’étais plus fort. Comme une bête blessée, je me suis entrainé plus dur. Quand j’ai remis les doigts pour la première fois dedans cette année, ça m’a fait un choc car j’ai troiuvé les prises meilleures. j’ai aussi optimisé deux mouvements aléatoires, ce qui m’a aidé. Il n’y avait plus d’aléatoire dans la voie, et je pouvais contrôler à 100% les paramètres. c’est la première fois que j’atteins un tel niveau de maitrise dans une voie et c’est vraiment satisfaisant de pouvoir contrôler à ce point l’escalade !

– Tu dis que la voie est très traumatisante pour la peau, pourquoi ? Quelle stratégie as-tu mis en place pour gérer ce problème ?
La voie est très traumatisante, car elle est très peu essayée, et la début est dans de caillou jaune avec des picots au fond des prises, et la seconde partie est constituée de petites arquées au fond d’une rampe, et tu y vas avec la pulpe. la sensation de mettre tes doigts sur des lames de couteau, et à chaque essai ça rentre un peu plus et ça creuse dans la peau, jusqu’au sang. Une fois, avec la peau pas totalement refaite, en 4 jours à raison de deux essais par jour je me suis retrouvé au sang. Optimiser les repos et ne pas dépasser un certain stade sur l’état de la peau, plus que dans toute autre voie est important dans « Jungle ».

– Tu as été très proche de « Fight or flight » ce printemps reviens sur cette saison à Oliana. Que t’a t’il manqué ?
Oui, « Fight or flight » était vraiment proche cette année, avec un 9a+ jusqu’à un repos et un 8c de 12 mouvements. cette saison j’ai passé le 9a+ 6 ou 7 fois, et je tombais au dernier mouvement très dur, où j’ai besoin d’être à 100% de force. J’ai réussi à passer le mouvement, mais j’ai zippé une demi seconde plus tard sur le plus gros pied de la voie. Ce sera pour l’année prochaine, je suis assez confiant. ce n’est pas la première fois que je dois attendre un an pour finir le projet. Mais à chaque fois je m’entraine tellement fort avec l’envie de me venger que quand je reviens dans la voie j’ai beaucoup progressé. Je retrouve très vite le niveau que j’avais avant et même je fais mieux. on verra l’année prochaine. La dernière ascension date de 2018, et j’aimerai bien être le suivant !

– Le reste de l’été pour toi ?
Aucune idée, j’ai plusieurs idées en tête. Je vais prendre un projet après l’autre et on verra où le vent me mène. Ce qui est sûr, c’est que c’est de la dépendance : une fois que tu as goûté à ce processus de travail et que tu as la rcompense de l’enchainement tu ne peux pas t’arrêter, donc ça va continuer dans cette direction et j’espère encore enchainer des trucs avant de retourner à Oliana !

Photos : Emile Pino

We’ve already told you about Mattéo Marobin, a young talent from the Pyrenees who’s already made a name for himself in the climbing world. Lately, Mattéo has been in “try hard” mode a little further from home, splitting his time between Oliana—where he’s working on “Fight or Flight” in the winter—and, notably, Céüse in the summer, where he’d already sent“3 Degrees of Separation” two years ago. He has just completed a rare repeat of the tricky and fingery “Jungle Boogie” 9a+, a route renowned for its difficulty at that grade, which he narrowly missed last year—marking his finest achievement. The route was first free-climbed by Adam Ondra in 2012; it is 30 meters long and features a very sustained start marked by powerful moves on crimps, followed by a traverse across a rail requiring constant compression over the first 20 meters, in a particularly demanding style. Mattéo has now completed only the ninth known ascent of “Jungle boogie” and the second by a French climber after Nico Pelorson in 2022. We took the opportunity to catch up with him.

– You mentioned that you ended up climbing “Jungle Boogie” sort of by default because “Biographie” was too crowded. What are your thoughts on the overcrowding at Céüse and the trend surrounding certain routes?
It’s true that my original plan was actually to climb “Biographie.” I don’t know if you can call “Jungle Boogie” a fallback choice, but I don’t necessarily like it when you have to wait in line for a route—you don’t really get to experience the route on your own terms. In the sense that you can’t place the quickdraws the way you want, you can’t set up your belay stations where you want, and you’re constantly forced to adapt. When I try a route, I like to be alone with it. That’s why I went to “Jungle Boogie,” but also because it’s a somewhat forgotten route, reputed to be very hard, very bouldery, and a skin-killer. I don’t know if this route has a bad reputation, but when people talk about “Biographie,” it’s the most beautiful route in the world; “3 Degrees” is the legendary route; and “Jungle Boogie” is the thankless one. I’m a climber who doesn’t exactly stick to the beaten path, and this forgotten, thankless route really speaks to me—it just happened naturally. When I saw the names of the climbers who’d repeated it—all legendary climbers, people who inspire me—I thought, why not try to add my name to the list?

– Tell us about how you discovered “Jungle Boogie” and the process last summer. Can you describe the challenges? And your progress on the route?
It went pretty well, because for me it’s pure strength endurance, with 35 tough moves, and it’s exactly—or almost exactly—the same intensity and style of effort that I love the most, with 90% of crimps, which I love. The moves are really cool—you do a traverse on a rail, the crimps are hidden behind, and it’s a bit tricky. The process was relatively satisfying, because at first it goes quickly, and since it’s more a power endurance affair: once your strength reserves are depleted, adding even a single move becomes extremely difficult. I struggled with one move at the 2/3 mark for a month, and when I finally got past it, I was motivated and supported by Yannick Flohé. For about two or third weeks, I kept falling on the very difficult final move (see video below): a cross on a two-finger pocket at the end of the ramp. It’s tricky, because Stefano Ghisolfi said in his video that it was the last difficult move, but he’s got incredible endurance, and the final section wasn’t hard for him. Personally, I felt like I could still fall after that.

– A storm ruined your last chance last year—can you tell us about that?
After 10 falls on that two-finger pocket, I finally managed to get through that move thanks to a tiny beta, and then I fell into the final jug because I got caught in the storm. It was forecast for 6 p.m., so we’d headed up earlier than usual, and we could feel it was going to happen at any moment. I was belaying my partner on “100 Patates,” a long 7b, and he had to remove the quickdraws. In the end, I set up the run 5 minutes too late, but climbing the route a year later actually makes for a great story to tell—even though at the time I wondered how I’d managed to have such bad karma!

– You finished the route quickly this summer after just a few sessions. What made the difference compared to last year?
Yeah, it’s true that this year it went pretty fast—in three or four sessions, I’d regained my feel for it. What made the difference was that I was stronger. Like a wounded animal, I trained harder. When I put my fingers on it for the first time this year, it was a shock because the holds felt better. I also optimized two random moves, which helped me. There was no more randomness in the route, and I could control the variables 100%. It’s the first time I’ve reached such a level of mastery on a route, and it’s really satisfying to be able to control the climb to that extent!

Mattéo Marobin - Jungle Boogie
Photo : Emile Pino

– You say the route is very hard on the skin—why? What strategy have you developed to deal with this problem?
The route is very hard on the skin because it’s rarely climbed; the start is on yellow rock with sharp spikes at the base of the holds, and the second section consists of small crimps at the bottom of a rail, and you have to use the pads of your fingers there. It feels like putting your fingers on knife blades, and with every attempt, they dig in a little deeper and cut into the skin until it bleeds. Once, with my skin not fully healed, over the course of four days—at a rate of two attempts per day—I ended up bleeding. Optimizing rest periods and not pushing past a certain point based on the condition of your skin is more important on “Jungle” than on any other route.

– You came very close to “Fight or Flight” this spring—look back on that season in Oliana. What did you lack?
Yes, “Fight or Flight” was really close this year, with a 9a+ up to a rest and a 12-move 8c. This season I sent the 9a+ six or seven times, and I’d fall on the very difficult final move, where I need to be at 100% strength. I managed to get through that move, but I slipped half a second later on the route’s biggest foothold. It’ll be for next year—I’m pretty confident. It’s not the first time I’ve had to wait a year to finish the project. But every time, I train so hard, driven by the desire for redemption, that by the time I return to the route, I’ve made a lot of progress. I quickly get back to the level I was at before—and I even do better. We’ll see next year. The last ascent was in 2018, and I’d love to be the next one!

– What’s the rest of the summer looking like for you?

No idea yet—I have a few ideas in mind. I’m going to tackle one project after another and see where the wind takes me. One thing’s for sure—it’s addictive: once you’ve gotten a taste of this process and experienced the reward of sending, you can’t stop, so I’ll keep going in this direction, and I hope to send some more routes before heading back to Oliana!

Photos : Emile Pino

Mattéo Marobin - Jungle Boogie
Photo : Emile Pino

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