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Antoine Le Menestrel dans Ravage
Europe Falaise / Sportclimbing Il était une voie / Once upon a line Suisse / Swiss

Il était une voie – Once upon a line: Ravage

  • 23/06/2026

 
 
 

Derrière tout passage d’escalade, il y a d’abord une ligne, mais aussi des grimpeurs qui l’ont faite naître. Plongez au cœur de passages de légende avec la rubrique « Il était une voie », un état civil de ces itinéraires qui continuent de fasciner des générations et de façonner notre activité !

Behind every route there is a vision, and the climbers who made it reality. Dive into the history of legendary routes with the section “Once upon a line”, a sort of ‘Origins’ of these gems that keep on fascinating us generation after generation, and shaping our passion!

Ravage

 
 
 
 

  Chuenisberg, Suisse
   Secteur Ravage  
  Václav/Wenzel/Venca Vodička, 1985 
  Antoine Le Menestrel, 1986

 

À la suite de la FFA de « Ravage » par Katherine Choong, nous avons voulu revenir sur la première proposition mondiale en 8c. Peu connue aujourd’hui, cette voie mérite pourtant qu’on s’y arrête un instant, en particulier pour les gens qui y sont liés.

Nous avons donc contacté Václav Vodička (ou Venca, abréviation tchèque), son équipeur, retourné en République Tchèque depuis, ainsi que son libérateur, Antoine Le Menestrel. Voici le commentaire de Venca:

« Je suis arrivé à Bâle en 1982 en tant qu’émigré venant du bloc de l’Est, notamment pour échapper au service militaire. Avec Philippe Steulet on était antimilitaires.

Philippe avait même mené quelques belles actions antimilitaristes pendant qu’il effectuait son service militaire en Suisse. Par exemple, il s’était échappé d’une caserne en descendant en rappel le long d’un tuyau de chauffage. C’était un grimpeur exceptionnel et une personne formidable. Et c’est surtout lui que je connaissais.

Concernant « Ravage », mon équipement comprenait 3 spits et une chaîne. Je ne connaissais Antoine Le Menestrel que de vue, depuis Buoux, lorsque j’avais répété « Chouca » et que j’essayais « La Rose et le Vampire ». Et si je ne me trompe, c’est Philippe qui l’avait invité à Bâle, un endroit alors complètement inconnu pour la grimpe de haut niveau.

Venca dans ses oeuvres

Antoine a ajouté 2 points supplémentaires à « Ravage ». La voie n’a pas été rallongée ; elle a simplement été mieux équipée. Auparavant, elle était plus engagée et exposée. Comme je ne croyais pas que la voie puisse être réalisée en RP, j’ai accepté.

Il l’a enchaînée et a réalisé la première ascension en 8c, me laissant les yeux pour pleurer. Heureusement, le même jour, j’ai réussi la première ascension libre de l’ancienne dalle artificielle de Pelzli, « The Wall », en RP, cotée 8a+ (la dalle la plus dure au monde à l’époque, nde). Il m’a fallu encore une année pour réaliser la deuxième ascension de « Ravage », que j’ai décoté à 8b+.

Venca dans la dalle du Wall

Deux ans plus tard, c’est Philippe qui obtenait la deuxième répétition, et comme des prises de pied avaient cassé, surtout dans la traversée, il proposa 8b+/8c, cotation que la voie garde encore aujourd’hui. »

Après une bien belle discussion avec Antoine Le Menestrel, celui-ci nous a aiguillé vers son livre Folambule (Paulsen/Guérin), dans lequel il revient avec autant de délectation que nous sur le nom des voies qui ont émaillé sa carrière.

« À quelques mètres de Marqué en toi, Wenzel Vodicka, un fort grimpeur, essaye la voie qu’il a équipée, il n’y arrive pas. Je sens que cette nouvelle voie m’attire. Elle m’attend, elle n’a pas de nom. Je suis en pleine forme je demande la permission de l’essayer. Je travaille tous les mouvements de ce dévers très raide. Nous les affinons le lendemain. C’est une succession de mouvements très intenses, sans aucune décontraction. »

Antoine Le Menestrel dans Ravage
Antoine Le Menestrel dans Ravage (photo de Bruno Cormier)

« Je pense l’appeler Ravage car, après l’escalade, je n’ai plus de pensées. Mes tourments n’ont plus le temps de mûrir, l’escalade balaye mon esprit sur son passage. Ravage est dans ma tête, Ravage est en moi et ce soir je lui ai souhaité bonne nuit. » (page 112, ed. 2024)

Photos d’archives fournies par Venca Vodička et Antoine Le Menestrel (photos de Bruno Cormier pour ce dernier)

Following Katherine Choong’s first female ascent of “Ravage”, we wanted to take a look back at the world’s first 8c ascent. Although little known today, this route is well worth a moment’s consideration, particularly for those with a connection to it.

We therefore contacted Václav Vodička (or Venca, the Czech abbreviation), the bolter, who has since returned to the Czech Republic, as well as the route’s first ascentionist, Antoine Le Menestrel. Here is Venca’s comment:

‘I arrived in Basel in 1982 as an emigrant from the Eastern Bloc, mainly to avoid military service. Philippe Steulet and I were both anti-militarists.

Philippe had even carried out some impressive anti-militarist stunts whilst doing his military service in Switzerland. For example, he escaped from a barracks by abseiling down a heating pipe. He was an exceptional climber and a wonderful person. And it was mainly him that I knew.

As for “Ravage”, my contribution consisted of three bolts and a sling. I only knew Antoine Le Menestrel by sight, from Buoux, when I’d been practising “Chouca” and trying out “La Rose et le Vampire”. And if I’m not mistaken, it was Philippe who had invited him to Basel, a place that was then completely unknown for top-level climbing.

Antoine added two more bolts to “Ravage”. The route hasn’t been extended; it’s simply been better bolted. Before, it was more demanding and exposed. As I didn’t think the route could be climbed on lead, I agreed.

He linked it together and made the first ascent at 8c, leaving me in tears. Fortunately, on the same day, I managed the first free ascent of Pelzli’s old artificial slab, “The Wall”, on RP, graded 8a+ (the hardest slab in the world at the time, ed.). It took me another year to claim the second ascent of “Ravage”, which I downgraded to 8b+.

Václav Vodička

Two years later, it was Philippe who made the second repeat, and as some foot holds had broken off, particularly in the traverse, he proposed 8b+/8c, a grade the route still holds today.

After a lovely chat with Antoine Le Menestrel, he directed us to his book Folambule (Paulsen/Guérin), in which he looks back with as much delight as we do on the names of the routes that have punctuated his career.

‘A few metres from « Marqué en toi », Wenzel Vodicka, a strong climber, was attempting the route he’d bolted, but couldn’t manage. I felt drawn to this new route. It was waiting for me; it had no name. I was in top form, so I asked permission to give it a go. I worked through every move on this very steep overhang. We fine-tuned them the next day. It’s a succession of very intense movements, with no moments of relaxation at all.

I’m thinking of calling it Ravage because, after the climb, my mind goes blank. My worries don’t have time to take root; the climb sweeps through my mind as it passes. Ravage is in my head, Ravage is within me, and tonight I wished it goodnight.” (page 112, 2024 edition)

Archive photos provided by Venca Vodička and Antoine Le Menestrel (photos by Bruno Cormier for the latter)

 
 

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