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Lucien Martinez Chicken Deluxe 9a+
Falaise / Sportclimbing Performances Sud Ouest / South West

Lucien Martinez propose Chicken Deluxe 9a+ – Lucien Martinez frees Chicken Deluxe 9a+

  • 19/12/2022

Au début du mois, Lucien Martinez est parvenu à libérer une nouvelle voie extrême dans le mur de la mort de Supermanjoc, le secteur haut-niveau de St-Antonin Noble Val. En effet, après plusieurs séjours de travail Lucien a pu concrétiser la première ascension de “Chicken Deluxe”, proposant 9a+. Cette voie avait été équipée et libérée par Eric Siguier en 2002, soumise à 8c+. Vingt ans après, la voie demeurait non répétée et avec l’accord d’Eric, Lucien a pris le parti de retirer les quelques réglettes en sika pour proposer un challenge ultime beaucoup plus naturel. “Chicken Deluxe” devient la voie la plus dure du Sud-Ouest de la France. Le secteur Supermanjoc compte maintenant une 5ème voie dans le 9ème degré après “FFF”, “Memorial GS”, “À la limite de la rupture” et “La boîte de Pandore” (toutes 9a), ce qui en fait un des murs les plus élitistes de France. C’est aussi un nouveau fait d’armes pour Lucien qui, étant originaire de Montauban, affectionne particulièrement ce secteur, et propose ici sa première ascension la plus relevée.

– Pourquoi avoir jeté ton dévolu sur « Chicken Deluxe », alors que tu avais déjà “Fight or Flight” en projet ?
J’ai beau être mono-maniaque à mes heures, je m’autorise quand même plusieurs projets ! Mais cela dit, c’est vrai que j’aime bien avoir un et un unique objectif dans lequel jeter toutes mes forces. Toutefois, il faut savoir que “Chicken Deluxe” et “Fight or Flight” ne sont pas en concurrence. “FoF” est sur une face Sud qui ne peut se grimper qu’en hiver tandis que “Chicken” est une face nord qui peut donc s’essayer tout le reste de l’année, sauf l’hiver, où la voie est mouillée.
Concernant FoF, je ne pense pas y retourner cet hiver. Pour moi c’est extrêmement dur mentalement parce que je peux très bien y aller un mois entier sans avoir un seul créneau de condis suffisant pour espérer enchaîner. L’hiver dernier, j’ai encaissé tellement de frustration que je me suis dit que j’allais sauter un an pour y retourner le couteau entre les dents.
Pour en revenir à “Chicken”, c’était tout sauf un projet au rabais pour moi : c’était beau, dans ma falaise préférée et, surtout, j’avais un copain avec qui essayer la voie.

– La voie était un 8c+ non répété avec des prises en sika ? Combien en as-tu enlevé ? Tout est naturel maintenant ?
C’est tout à fait exact, c’était un 8c+ d’Éric Siguier que personne n’avait répété. Pour moi, l’histoire a commencé quand justement je me suis mis en tête de répéter ce 8c+ qui était une des toutes dernières voies qui me manquaient à Supermanjoc. J’ai cassé deux prises en sika sans faire exprès, juste en tirant dessus, et c’est là où avec Fabrice on a commencé à se dire que ce serait peut-être possible sans le sika.

Avec l’accord d’Éric Siguier, on en a alors retiré une grosse quinzaine (peut-être 17) au marteau (elles s’enlevaient très facilement). Il y en a deux qu’on a décidé de laisser malgré tout parce que, contrairement aux autres, on avait le sika qui venait au renfort d’une prise naturelle, donc casser le sika aurait voulu dire casser aussi la prise naturelle. Pour la première des deux prises ça n’aurait rien changé de l’enlever. Pour la seconde, on n’est pas sûr à 100% que la voie aurait été possible sans. On a beaucoup hésité, et finalement on s’est dit qu’on allait la jouer sobre et les laisser. Donc non, on ne peut pas dire que la voie soit complètement naturelle (il reste deux prises sikatées) mais je crois qu’on n’aurait pas non plus pu la dire naturelle si on les avait enlevées.

– Quelles ont été les différentes étapes/séjours, le processus, le nombre des séances, les progrès ?
C’est un processus qui a commencé d’assez loin, avec le début du travail du 8c+ d’origine et le retrait des prises en sika. Mais finalement, il a suivi assez classiquement les différentes étapes d’une première ascension de voie dure. Commencer à chercher des méthodes jusqu’à avoir la certitude que c’est possible. Minimum 5 séances. Affiner les méthodes jusqu’à avoir la certitude que c’est possible pour nous, ou du moins être sûr qu’on est motivé d’essayer. Minimum 5 séances de plus. Continuer à essayer et affiner les méthodes pour enchaîner les sections dures séparément. 10 sessions. Affiner encore les méthodes pour les rendre réalistes dans une perspective d’enchaînement, optimiser les repos, les sections de transitions, les rythmes des parties faciles comme dures. 10 séances de plus dont, pour ma part, deux séances complètes passées à essayer de faire tenir à 100% un talon qui zippait une fois sur deux. Mettre des essais d’enchaînement jusqu’à la réussite. 10 sessions encore. [si la rédaction compte bien, cela fait un starter pack à 40 sessions]
Chaque avancée dans le processus, chaque progrès est incroyable à vivre. Quand j’ai réussi enfin à faire tenir le talon, ou quand j’ai failli faire le crux 2 avec quelques mouvements dans les bras (ce qui signifiait que j’avais une chance depuis le sol), j’avais envie de crier de joie tellement j’étais content. À la fin, quand je savais que je pouvais réussir et que je mettais des vrais essais, je me mettais tellement de pression que ce n’était pas très agréable à vivre (c’est le moment que j’aime le moins dans le processus). Mais je savais en même temps que le jeu en valait la chandelle.

– As-tu utilisé des genouillères ? Pour des repos ? Genoux de progression ? Combien de coincements ?
Oui, pour cette voie, les genouillères sont un ustensile capital. Je pense que les interdire ferait peut-être monter la voie à 9b+ (par contre, c’est sûr que c’est possible sans). Pour le décompte : 2 coincements pas terribles et techniques dans la première partie (seulement 1 pour Fabrice) dans lesquels il est essentiel de secouer les mains à chaque fois une trentaine de secondes. Un genou de progression anecdotique et pas obligatoire après le crux 2 pour atteindre le repos. 1 genou un peu meilleur dans le bon repos aux deux tiers. Et enfin, avec mes méthodes, 3 genoux de progression assez techniques et importants dans le crux 3. Je précise toutefois que le crux 2, qui est un peu le nerf de la guerre pour cette ligne, se fait sans genoux, mais plutôt en défonçant les prises.

Clairement, l’usage des genouillères, ustensile que n’avait pas la génération d’avant, a ouvert des perspectives pour rendre cette voie faisable, tout comme pour les autres lignes de cette partie du mur.

– Un petit mot sur le niveau, tu avouais hésiter entre le 9a+ et le 9b ?
Un petit mot alors : j’hésite entre le 9a+ et le 9b en effet. Alors dans l’incertitude et par prudence, j’opte pour le 9a+. Par contre je suis sûr à 100% que ça ne vaut pas moins.

Maintenant, une version longue quand même de mes réflexions sur la cotation, pour ceux que ça pourrait intéresser.

Si j’essaie de savoir quelle est la cotation de cette voie, plusieurs éléments se présentent à moi. Premièrement, il y a mon ressenti au moment de l’enchaînement. Je sais que c’était pour moi une période de très bonne forme et les conditions étaient excellentes (7-8 degrés, c’est à dire froid mais pas trop). Pour enchaîner la voie, je n’ai donc pas surforcé à cause des condi. Puis la décomposition de la ligne, c’est du sérieux : un départ en 8c teigneux, une décontraction pas terrible sur un genou technique, un 8A bloc forçu, un bon repos sur une écaille avec un genou correct et encore un 7C+ bloc à la fois complexe, physique et exigeant.
C’est vraiment beaucoup plus dur que tout ce que j’ai enchaîné. Même d’atteindre le repos après le 8A bloc, je pense que c’est plus dur que “3 degrees” et “Papichulo” qui étaient jusque-là mes 3 voies les plus dures (des gros 9a ou des petits 9a+). Tout ça me laisse espérer que Chicken soit 9b, et j’avoue que j’y crois un peu.
Mais je ne peux pas m’arrêter là dans là réflexion, ce serait trop facile.
Si je compare maintenant “Chicken” aux (rares) 9b que je connais : j’ai fait pas mal de montées dans “Ratstaman” à Céüse, et “Ratstaman” est franchement plus dure. Par contre, je pense c’est kif kif au niveau de l’effort avec “Fight or Flight” version genouillères, mais “Chicken” est moins dur à enchaîner parce qu’il y a plus de créneaux de condis. Je pense aussi que c’est un peu moins dur que “Fight or Flight” version Sharma (sans genouillères). Donc en un mot : pas plus dur que les 9b que je connais.
Ensuite, tout ce que je viens de dire, c’est sous réserve que j’ai fait les méthodes optimales dans “Chicken”. Et dans le crux 3 comme le rocher est prisu et riche, je pense qu’il y a de bonnes chances pour qu’à la longue on ait une optimisation des méthodes… Bon, je sais que je ne peux pas décoter ma propre voie sur la base de méthodes qui n’existent pas encore, mais c’est tout de même un élément que je garde en tête.
Il y a aussi une illusion, concernant les premières ascensions sur lesquelles on passe beaucoup de temps : c’est qu’on a toujours l’impression que c’est plus dur que la réalité. J’en discutais il n’y a pas longtemps avec Mathieu Bouyoud, et il me disait que lui, pour ses FA, il annonce toujours une cote en dessous de son ressenti. Alex Megos, quand il a fait “Biblio”, a très sincèrement proposé 9c, mais pourtant à la fin c’était plutôt un 9b+ pas trop dur. Ça aussi je l’ai en tête.
Je sais également que, quand on fait une croix et qu’on hésite entre deux cotations, on a vite une envie irrésistible de prendre la plus haute, en trouvant a posteriori tout un tas d’explications rationnelles.
Bien sûr, si plus de forts grimpeurs étaient montés dans la voie, on aurait pu avec Fabrice récolter des avis et avoir les idées plus claires. Mais faute de ça, on est obligés de faire avec tous ces éléments spéculatifs que je viens d’exposer. Donc en résumé, on est dans l’incertitude : on pense que c’est pas impossible que ça vaille 9b, mais qu’il y a quand même de bonne chances que ce soit 9a+. C’est pourquoi j’opte pour la prudence, et je la propose à 9a+, en attendant que les futurs ascensionnistes, à commencer par Fabrice, donnent leur avis.
Mais que ce soit 9a+ ou 9b, je suis super fier de cette réalisation. J’ai coutume de dire qu’un bon projet est un projet pour lequel la cotation est une donnée secondaire parce que la motivation est plus profonde, et je dois dire que “Chicken” répondait très bien à ce critère.

– C’est la voie la plus dure enchainée du Sud-Ouest, puisque tu annonçais que la voisine “À la limite de la rupture” serait une balade de conti à côté… Tu gardes le nom ?
Avec Fabrice, on n’a pas hésité un instant à garder le nom de la voie, parce que notre démarche est vraiment en continuité par rapport à ceux comme Éric (ou encore Didier, Soklim, qui est le premier à avoir remis les dégaines dans “Chicken” il y a quelques années, Manu qui a fait la première de “FFF”, le premier 9a de Supermanjoc…) qui ont fait les grandes heures de cette falaise. On revendique cet héritage, et garder le nom de la voie est une manière pour nous de le faire, ou en tout cas de ne pas se placer en rupture. C’est certes la voie la plus dure du Sud-Ouest, enfin probablement, mais il faut bien comprendre que c’est simplement une brique posée en haut d’un édifice déjà construit par d’autres. Ça a l’air gnangnan de dire ça, mais c’est 100% vrai. Aucune fausse politesse là-dedans.

– Peux-tu développer à propos de l’émulation avec Fabrice Landry sur le travail de la voie ? Où en est-il dans la voie d’ailleurs ?
S’il ne fallait garder qu’une question de l’interview, ce serait celle-là ! Parce qu’essayer un projet extrême avec un copain, c’est la vie. Bosser la voie avec Fabrice (ça avait aussi été le cas pour le 9a “Mémorial GS” juste à droite), c’est la meilleure expérience que j’aie jamais eue en escalade. Ne serait-ce que pour le plaisir de partager l’aventure, ça fait passer ce sport dans une autre dimension. Et puis c’est une situation tellement rare. Même quand ils en ont la volonté, les grimpeurs forts ont chacun les contraintes de leurs objectifs perso et de leur calendrier, ce qui fait que c’est très très difficile de se retrouver à plusieurs au même moment sur le même projet.

En plus la grimpe est un sport individuel, donc il y a aussi, dans ce genre de situation, la gestion de la rivalité, qui n’est pas nécessairement compatible avec toutes les personnalités. Il faut réussir à se mettre dans un état d’esprit assez subtil – je crois qu’on a particulièrement bien réussi à le faire avec Fabrice – où tu réussis à souhaiter sincèrement le meilleur à l’autre, même dans les moments où il réussit mieux que toi, tout en restant concentré pour donner le meilleur de toi-même, le tout sans faire du déni de rivalité. Bien sûr que j’étais un peu jaloux quand il se promenait dans le crux 2 alors que j’arrivais à peine à faire les mouvements. Bien sûr que Fabrice, au lieu de se prendre des onglées à répétition, aurait bien aimé pouvoir mettre des essais comme moi quand il faisait froid. Mais aucun sentiment malsain ni aucune once d’agressivité n’avait la moindre chance de sortir. On était à deux dans le même bateau, point. D’ailleurs, même si je savoure comme il se doit, j’aurai le sentiment de n’avoir complètement réussi que quand Fabrice aura enchaîné aussi. J’ai conscience encore une fois que ça fait un peu bien-pensant de dire ça, mais c’est absolument vrai, alors tant pis.

Pour finir de répondre à la question, Fabrice n’est pas si loin d’enchaîner. Il se promène dans les sections une par une, mais il n’a pas encore réussi à passer le deuxième crux depuis le sol, notamment parce qu’il n’arrive pas à mettre le genou qu’il y a juste avant (donc il monte un poil plus en rési) et que sur les dernières séances il n’arrivait pas bien à se chauffer à cause du froid. Mais il a quand même réussi à mettre des essais où il tombait assez haut dans le crux 2, et il a affiné le tout dernier jour de la saison ses méthodes dans le crux 3, donc il y a de très bonnes chances qu’il réussisse ce printemps, surtout connaissant le mental et la motivation de l’animal.

– Les perspectives pour toi en 2023, tu en as fini avec Supermanjoc ? As-tu déjà fixé ton prochain super projet ?
C’est incroyable parce que quand un gros projet tombe il y a des perspectives qui s’ouvrent. On a l’impression d’être libéré d’une chaîne et de pouvoir tout essayer. Donc j’ai vraiment l’embarras du choix. Cet hiver, j’aimerais bien aller mettre les doigts dans le “Complexe du Playboy” (mon pote Nico m’a dit que c’était possiblement la plus belle ligne du monde). Il y a des myriades de lignes en France entre le 8c et le 9a+ que j’ai envie d’essayer. Mais au niveau des méga projets pour printemps/été/automne (pour l’hiver, j’ai encore “Fight or Flight” !), vraiment je ne sais pas. L’évidence serait de s’en mettre un à la Ramirole, aller faire des devis dans “DNA” ou “La Rage d’Adam”. L’intérêt c’est que c’est une falaise avec beaucoup de créneaux de condis et qui répond très bien à l’entraînement, contrairement à la plupart de ceux en face Sud. Le problème c’est que ce ne sont pas non plus des lignes qui me font rêver. Ça a moins de sens que Supermanjoc pour moi. Si j’y vais c’est vraiment pour le sport. Mais après tout pourquoi pas. À réfléchir.

À supermanjoc, il y a une variante de fin de “Chicken” qui mettrait un 8B+/C bloc à la place du 7C+ final. Même si c’est sûr à 100% que ça fait, j’ai des gros doutes sur ma capacité à un jour l’enchaîner. Mais je vais quand même essayer ; peut-être que je réussirai à débloquer les mouvements, et que ça donnera un peu de motivation aux futurs mutants du Sud-Ouest pour continuer à écrire l’histoire de cette falaise dans les temps à venir.

D’ailleurs, je profite de cette interview pour passer un appel à Adam Ondra.

Adam, je ne sais pas si tu liras ces lignes, mais je me souviens que tu avais dit adorer le rocher de Malham Cove en Angleterre. Sache que les voies dures de Supermanjoc sont faites du même bois : 20m de rési sur des petites arquées et pincettes sculptées dans la masse sur du caillou de face Nord. Des 9a tout naturels à essayer à vue, une ligne un peu plus dure (“Chicken”) et puis surtout le méga projet, probablement 9c ou 9b suivant le départ choisi. Ça vaut le coup de nous rendre une petite visite !

Photos: Arthur Delicque

At the beginning of this month, Lucien Martinez managed to free a new extreme route in the “death wall” of Supermanjoc, the high-level sector of St-Antonin Noble Val, France. Indeed, after several working stages Lucien just completed the first ascent of “Chicken Deluxe”, with a 9a+ proposition. This route had been bolted and freed by Eric Siguier in 2002 and given 8c+. Twenty years later, the route remained unrepeated and with Eric’s agreement, Lucien decided to remove some sika holds to offer an ultimate challenge. “Chicken Deluxe” becomes the hardest route located in the South West of France. The Supermanjoc sector thereby received a 5th route in the 9th degree after “FFF”, “Memorial GS”, “À la limite de la rupture” and “La boîte de Pandore” (all given 9a), one of the most elitist walls in France for sure. It is also a new feat for Lucien, who, being a native of nearby Montauban, has a special affection for this sector, and delivers here his most difficult first ascent.

– Why did you start to project “Chicken Deluxe”, when you already had “Fight or Flight” planned?
I may be a monomaniac sometimes, but I still allow myself several projects! But it’s true that I like to target one and only one goal to which I give everything. However, you should know that “Chicken Deluxe” and “Fight or Flight” are not in competition. “Fof” is on a South face, which can only be climbed in winter, while “Chicken” is north-facing and can therefore be tried all year except in winter, when the route is wet.
Regarding “Fof”, I don’t think I’m going to go back on it this winter. For me it’s extremely hard mentally because I can very well go for a whole month without having a single prime condition window to hope to give a fair fight. Last winter, I got so frustrated that I told myself I was going to skip a year to return to it with a lot of psyche.
To come back to “Chicken”, it was anything but a discount project for me: it was beautiful, at my favorite crag and, above all, I had a friend trying the route with me.


– The route was an unrepeated 8c+ with sika holds. How many holds did you remove? All is natural now?
That’s right, it was an 8c+ bolted and freed by Eric Siguier that no one had repeated. For me, the story started when I got it into my head to repeat this 8c+ which was one of the very last routes I hadn’t ticked at Supermanjoc. I broke two sika holds during my first goes, just by pulling on them, and that’s when I and Fabrice started thinking that it might be possible without sika.

With the agreement of Éric Siguier, we then removed fifteen sika holds (perhaps 17) with a hammer (they came down very easily). There are two that we decided to keep despite everything because, unlike the others, the sika was actually reinforcing a natural hold, so breaking the sika would have meant also breaking the rock itself. For the first of the two holds it would have made no difference to remove it. For the second, we are not 100% sure that the route would have been possible without. We hesitated a lot, and finally told to ourselves that we were going to play it smart and leave them on. So no, we can’t say that the route is completely natural (there are two sika holds left) but I don’t think we could have called it natural either if we had removed them too.

– What about your different trips here, the process, the number of sessions, the progress in the route?
It’s a process that started quite a long way back, with the original 8c+ work and the removal of the sika holds. But in the end, it followed the different stages of a first ascent on a hard route quite classically. Start looking for betas until you are certain that’s possible. Minimum 5 sessions. Refine the betas until you are sure that’s possible for you, or at least you are sure that you are motivated enough to try. Minimum 5 more sessions. Keep trying and refining methods to link hard sections separately. 10 sessions. Further refine the betas to make them realistic from a sequence perspective, optimise the rests, the transition sections, the rhythms of the easy and hard parts. 10 more sessions including, for my part, two full sessions spent trying to perfect a heel-hook which kept slipping half the time. Put runs in until success. 10 more sessions.
Each further step in the process, each progress is incredible to experience. When I finally stuck the heel-hook, or when I nearly did crux 2 with some chicken wings (which meant I had a chance from the ground), I felt like screaming for joy I was so happy. In the end, when I knew I was close and I was putting in real tries, I was putting so much pressure on myself that it wasn’t very pleasant to go through (this is my least favorite moment in the process). But I knew at the same time it was worthwhile.

– Did you use kneepads? For resting? Progression? How many kneebars?
Yes, for this route, kneepads are a vital tool. I think that banning them would perhaps place the route in the 9b+ range (on the other hand, it’s sure to be possible without). For the count: 2 terrible and technical kneebars in the first part (only 1 for Fabrice) in which it is essential to shake your hands each time for about thirty seconds. An anecdotal and not mandatory progression kneebar after crux 2 to reach the rest. 1 kneebar, a little better, in the rest at the beginning of the second part. And finally, with my beta, 3 fairly technical and important progression kneebars in crux 3. I would point out, however, that crux 2, which is the meat of this line, is done without kneebars, but rather by crimping a lot!

Finally, the use of knee pads – a tool that the previous generation did not have – opened up the possibility of actually doing this route, just like for the other lines on this part of the wall.

– What about the grade, you said you hesitated between 9a+ and 9b?
I hesitate between 9a+ and 9b indeed. So with uncertainty and caution, I went for 9a+. However, I am 100% sure that it’s not less…

– It’s the hardest sport route located in the South West of France, because you said that neighbouring route “À la limite de la rupture” (9a) was a walk in the park compared to it… Are you going to keep the name?
With Fabrice, we didn’t hesitate a moment to keep the name of the route, because our approach is really one of continuity with those like Éric (or Didier, Soklim who was the first to re-put the quickdraws in “Chicken” a few years ago, Manu who made the first ascent of “FFF”, first 9a of Supermanjoc…) who started the golden era of this cliff. We very much want to ride this heritage wave, and keeping the name of the route is a way for us to celebrate the past and not to break from it. It’s probably the hardest route in the South-West of France, but it must be understood that it is simply a brick placed atop a building already built by others. It sounds corny to say that, but it’s 100% true. No false modesty there…


– Can you tell us more about the strong friendship and emulation with Fabrice Landry while working on the first ascent? What about the process for him now?
If you had to keep only one question from this interview, it would be this one! Because trying an extreme project with a friend is life. Working the route with Fabrice (it was also the case for the 9a “Mémorial GS” just a little bit more to the right of the crag), it’s the best experience I’ve ever had in climbing. If only for the pleasure of sharing the adventure, it puts this sport in another dimension. And then it’s such a rare situation. Even when they have the will, strong climbers each have different priorities and personal goals and schedules, so it’s very difficult to find several people at the same time on the same project.

In addition, climbing is an individual sport, so there is also, in this kind of situation, the management of rivalry, which is not necessarily compatible with all personalities. You have to manage to put yourself in a fairly subtle state of mind – I think we succeeded in doing this particularly well with Fabrice – where you manage to sincerely wish the best to the other, even when he succeeds better than you, while staying focused on giving your best, all without denying there is a rivalry. Of course I was a little jealous when he walked the 2nd crux even as I could barely do the moves. Of course Fabrice, instead of having frozen fingers, would have liked to be able to put tries like me when it was cold. But no unhealthy feeling or shred of aggression had a chance to come out. We were two in the same boat. Moreover, even if I savour it as should be, I will have the feeling of having completely succeeded only when Fabrice sends too. I’m aware once again that it sounds a little cliché to say that, but it’s absolutely true.

To finish answering, Fabrice is not so far from sending. He walks through the sections one by one, but hasn’t managed to pass through the second crux from the ground yet, mostly because he can’t manage to put the kneebar just before (so he is a little bit more in power endurance mode) and also in the last sessions he wasn’t able to warm up properly because of the cold. But he still managed to put good tries in where he was falling in the second crux, and he refined his beta in the 3rd crux on the very last day of the season, so there’s a very good chance he will finish it this spring, especially knowing the mind and the motivation of the beast.

– What about the plan for 2023, are you done with Supermanjoc? Have you set your next awesome project yet?
It’s incredible because when a big project comes to an end, prospects open up. It feels like being freed from a chain and being able to try anything. So I’m really spoilt for choice. This winter, I would like to go put my fingers in “La complexe du Playboy” (my friend Nico told me that it was possibly the most beautiful line in the world). There are myriads of lines in France between 8c and 9a+ that I want to try. But in terms of mega projects for spring/summer/fall (for winter, I still have “Fight or Flight”!), really I dunno. The obvious would be to get one at la Ramirole, go check out “DNA” or “La Rage d’Adam”. The advantage is it’s a cliff with a lot of good weather windows and which responds very well to training, unlike most of those that are south-facing. The problem is that these are not lines that make me dream. That makes less sense than Supermanjoc for me. If I go there it’s really for the sport. But after all, why not. I need to think about it.

In Supermanjoc, there is an exit variant of “Chicken” which would propose an 8B+/C boulder instead of the final 7C+. Even if I’m 100% sure that it’s possible, I have big doubts as to my ability to one day send it. But I’m going to try anyway; maybe I’ll manage to unlock the moves, and it could motivate some of the young strong locals to continue writing the story of this crag in the future.

Moreover, I’ll take advantage of this interview to call on Adam Ondra.

Adam, I don’t know if you will read these lines, but I remember you said you loved the rock of Malham Cove in England. Know that the hard routes of Supermanjoc are made of the same type: 20m of resistance on small crimps and pinches carved on a compact north-facing cliff. Natural 9as to try to onsight, a slightly harder line (“Chicken”) and then the mega project, probably 9c or 9b depending on the start you choose. It’s worth paying the crag a little visit!

Photos: Arthur Delicque

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