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Romaric Biographie - Couv - Photo Sam Bié
Falaise / Sportclimbing Performances Sud Est-Alpes / South East-Alps

Romaric Geffroy empoche Biographie ! – Romaric Geffroy ticks Biographie! (+ intw)

  • 18/05/2026

Romaric Geffroy, champion de France en 2022 a toujours privilégié le double parcours : compétiteur de haut niveau et international en difficulté, mais aussi fort et passionné falaisiste, avec quelques réalisations majeures à la clé dans le 9ème degré, comme « Thorshammer », « Mollasse’son » ou encore « Hématomes crochus ». Romaric inaugure de la plus belle des manières la saison Céüsienne, avec la 21 ème ascension de la mythique « Biographie » (9a+), il essayait le premier 9a+ mondial en fil rouge depuis 9 ans ! La définition du chantier, et un beau happy end dans ce projet ! Etabli par Chris Sharma en 2001, « Biographie » voit la 4ème ascension tricolore. Avant Romaric, Sylvain Millet en 2004, Enzo Oddo en 2010, Sébastien Bouin en 2020 et Tanguy Mérard en 2023 avaient aussi clippé le relais de la mythique coulée bleue. Echange avec l’intéressé.

Quel est ton état d’esprit après cette belle croix, soulagé ?
Un peu soulagé oui. J’ai tendance à pas trop me prendre la tête dans mes projets mais là c’était une rude bataille mentale, ça a l’air d’être le cas d’une bonne partie des grimpeuses et grimpeurs qui essaient « Biographie ». Après c’est la voie idéale dans un cadre idéal, c’était quand même loin d’être désagréable ! J’avais surtout hâte de me libérer du temps pour d’autres projets d’escalade.

Quand as-tu commencé à essayer ? Comment s’est passé la découverte de Bio ?
C’est tellement lointain que j’ai dû faire un travail d’historien pour retrouver les prémices de cette histoire. Ça daterait de 2017, j’avais pas mal grimpé avec Margo Hayes cette année-là à Céüse, c’est l’année où elle a fait Bio (à la saison d’ailleurs il me semble, ce qui est hyper impressionnant a posteriori, que c’est pas le cas de beaucoup d’ascensionnistes) et j’ai dû mettre quelques montées de calage à la fin de l’été. Je me souviens pas bien de mon état d’esprit à l’époque mais cette voie reste un mythe et c’était assez logique d’en faire un projet à partir du moment où j’avais à peu près le niveau d’y mettre les doigts. De plus, spoiler alert, c’est une des rares voies de ce niveau totalement naturelles et ça a beaucoup d’importance pour moi.

En 2018 tu disais que tu allais bientôt la faire, en 2024 tu zippes de la main au dernier move dans le trempé, raconte-nous quelques anecdotes dans la voie.
J’espère que Solène a un peu exagéré et que je disais pas ça en 2018, mais c’était le cas en 2019-2020 et c’est certain que j’ai manqué d’humilité ! Je galérais à passer la première partie de la voie à cette époque (ce qu’on appelle la première partie c’est l’ex 8c+ qui amène en gros au repos avant le pas de bloc final) alors que c’est une des rares voies où tu peux tomber à tous tes essais au crux final et en réalité être pas si proche de la faire. C’est ce que j’ai compris bien plus tard ! En 2024 je progressais plus trop dans la voie donc j’ai décidé de changer de méthode dans le pas de bloc du haut , je faisais à peu de choses près la méthode de Sharma. J’ai trouvé une toute nouvelle méthode assez chelou (celle que j’utilise dans l’enchaînement) qui n’existait pas en vidéo et qui me permettait de prendre plutôt des arquées et de faire uniquement des mouvements statiques, parce que la force-contact après 25 mètres de rési c’est pas mon fort (NB : je l’ai faite essayer aux potes et ils et elles la trouvent éclatée). Ce qui est lunaire c’est qu’à l’essai de 2024 dont tu parles, c’était la toute première fois que j’essayais cette méthode dans l’enchaînement, d’ailleurs on voit dans la vidéo que je cherche un peu mes pieds dans la sortie du crux parce que j’avais pas encore vraiment calé la transition. Après ça je pensais que ma méthode était démente et que c’était gagné mais en fait j’ai mis 2 ans à repasser les deux mouvs durs ! Mais bon, dans l’ensemble j’ai eu une expérience assez différente de mes comparses dans cette voie, même dans ces dernières semaines où j’avais la certitude d’être pas loin de faire la voie, je ne faisais pas le premier mouv dur du crux intrinsèquement à toutes les séances. Ce qui est censé être un pré-requis assez important pour espérer enchaîner !

Romaric Geffroy - photo Sam Bié
Romaric dans « Biographie » – photo : Sam Bié


Comment sont venus les progrès ?
Au début c’était surtout une phase d’apprentissage des mouvs et de l’effort de la voie, j’étais très très limite en force, donc je me faisais bien tabasser dans la première partie, j’ai de toute façon mis assez longtemps à faire le pas de bloc de départ. Je me suis beaucoup entraîné sur la majorité de cette période mais ce n’était pas centré sur « Biographie », plutôt sur la compétition de diff. C’était une manière de s’entraîner qui n’était pas du tout spécifique à « Biographie » mais qui appuyait beaucoup sur mes points faibles et qui sur le long terme m’a fait beaucoup progresser pour la voie. Cette année j’ai radicalement changé ma façon de m’entraîner, avec beaucoup moins de volume j’ai fait quasi exclusivement du panneau 1 jour sur 2 et ça m’a fait beaucoup progresser en force. Après je pense que c’est vraiment spécifique à ma fibre, je suis très très orienté endurance et donc j’ai besoin de me concentrer purement sur de l’entraînement de force pour y faire des progrès significatifs. En tout cas, j’ai eu l’impression de passer un cap dans la voie, d’être vraiment plus solide physiquement dans le bas. Je n’y suis jamais tombé cette saison alors que c’était loin d’être le cas les années précédentes, par contre dans le crux final mes pourcentages de réussite ont pas beaucoup bougé, je pense que c’est dû au fait que le mouv’ dur est très complexe et spécifique.

– T’es-tu entraîné spécifiquement pour ? Si oui comment ?
Non je ne me suis pas vraiment entraîné spécifiquement. J’ai considéré que le facteur limitant c’était la force doigt pour moi et que si je progressais là-dedans j’allais juste être meilleur en tout ! Je me mettais au niveau en rési directement dans la voie et pour le crux j’aurais pu essayer de répliquer les mouvs mais c’est pas une méthode d’entraînement qui me convainc vraiment, mais c’est peut-être pas malin !

Qu’est-ce qui est le plus mythique dans Bio selon toi ? La qualité de prises, la pureté de la coulée bleue, ce crux sommital exigeant, le côté historique ?
Le côté historique ajoute de l’intérêt pour moi seulement parce que c’est une voie magnifique et parce que l’histoire retient que Jean-Christophe Lafaille a eu l’altruisme et le respect de ne pas artificiellement la faciliter à une époque où elle paraissait probablement impossible. On a tendance à croire que c’est une éthique acquise aujourd’hui, mais c’est loin d’être le cas, surtout dans le haut-niveau. Pour faire clair, si le premier 9a+ de l’histoire était un tas de sika je n’y serais pas allé. Donc oui, ce qui est mythique c’est vraiment la beauté de cette ligne hors du commun, de son effort et de ses prises. L’exigence du pas de bloc final ajoute du sel, c’est extrêmement frustrant de tomber à répétition là-haut en ayant parfois l’impression de ne même pas avoir produit l’effort, mais ça en fait aussi un défi mental dingue.
PS : J’ai entendu dire récemment que la question s’était posée de recoller la prise du crux de départ qui avait cassé il y a une quinzaine d’années et qui le rend pas mal plus dur apparemment. C’est la classe de ne pas l’avoir fait !

Pour finir, d’où te vient ce surnom sympathique de « prophète » qui ressort dans les commentaires ?
Par fausse modestie je ne répondrai pas à cette question. Si tu le souhaites, tu peux contacter Yannis Gautier et lui demander, c’est lui qui m’a surnommé comme ça…

Retrouvez le run d’enchainement en bas de l’article !

Photos : l’illustre Sam Bié

Romaric Geffroy - photo Sam Bié
Romaric dans le crux sommital de « Biographie »

Romaric Geffroy, the 2022 French lead champion, has always pursued a dual career: as a top-level and international competitor in lead climbing, but also as a strong and passionate rockclimber, with several major achievements in the 9th grade to his credit, such as “Thorshammer,” “Mollasse’son,” or “Hématomes crochus.” Romaric kicks off the Céuse season in the finest possible way, with the 21st ascent of the legendary “Biographie” (9a+). Romaric had been attempting the world’s first 9a+ route for nine years! A true labor of love, and a beautiful happy ending to this project! Established by Chris Sharma in 2001, “Biographie” has now seen its fourth French ascent. Before Romaric, Sylvain Millet in 2004, Enzo Oddo in 2010, Sébastien Bouin in 2020, and Tanguy Mérard in 2023 had all clipped the belay on the legendary blue line.

– How do you feel after this great climb—relieved?
A little relieved, yes. I don’t usually stress too much about my projects, but this was a real mental battle—it seems to be the case for a lot of the climbers trying “Biographie.” That said, it’s the perfect route in a perfect setting—it was far from unpleasant! I was mostly looking forward to freeing up some time for other climbing projects.

– When did you start trying it? How did you discover Bio?
It was so long ago that I had to do some detective work to piece together the beginning of this story. It was back in 2017; I’d climbed quite a bit with Margo Hayes that year in Céüse—it was the year she did Bio (during the season, I think, which is super impressive in hindsight, unlike many climbers)—and I must have put in a few practice goes at the end of the summer. I don’t remember exactly what my mindset was at the time, but this route remains a legend, and it made sense to make it a project once I was at a level where I could give it a shot. Plus—spoiler alert—it’s one of the few routes at this level that’s completely natural, and that means a lot to me.

– In 2018 you said you were going to send it soon; in 2024 you slipped the last move in the wet. Tell us a few stories from the route.
I hope Solène exaggerated a bit and that I didn’t say that in 2018, but I did say it in 2019–2020, and I definitely lacked humility! I was really struggling to get through the first section of the route back then (what’s called the first section is the 8c+ move that basically leads to the rest before the final boulder move), even though it’s one of the few routes where you can fall on every attempt at the final crux and actually not be that close to sending it. That’s what I realized much later! In 2024, I wasn’t making much progress on the route, so I decided to change my approach to the top boulder move; I was basically using Sharma’s method. I came up with a totally new, pretty weird method (the one I use in the sequence) that didn’t exist on video and that let me take more arched positions and do only static moves, because contact strength after 25 meters of endurance isn’t my strong suit (NB: I had my friends try it out and they think it’s awesome). What’s crazy is that during the 2024 attempt you’re talking about, it was the very first time I tried this beta in the sequence; in fact, you can see in the video that I’m fumbling a bit with my footwork coming out of the crux because I hadn’t quite nailed the transition yet. After that, I thought my beta was brilliant and that I had it in the bag, but it actually took me two years to master those two tough moves! But anyway, overall I had a pretty different experience from my climbing buddies on this route. Even in those last few weeks when I was sure I was close to sending the route, I didn’t do the first hard move of the crux every single session. Which is supposed to be a pretty important prerequisite if you want to link it all together!

– How did you make progress?
At first, it was mostly about learning the moves and getting used to the route’s difficulty. I was really, really weak, so I got completely wiped out in the first section – it took me quite a while just to get past the starting boulder move. I trained a lot during most of that time, but it wasn’t focused on “Biographie”—it was more geared toward competition. It was a training method that wasn’t specific to “Biographie” at all, but it really targeted my weaknesses and, in the long run, helped me improve a lot on the route. This year I radically changed my training approach; with much lower volume, I did almost exclusively board training every other day, and that really boosted my strength. Then again, I think it’s really specific to my physical makeup—I’m very, very endurance-oriented, so I need to focus purely on strength training to make significant progress. In any case, I felt like I’d reached a new level on the route, like I was physically much stronger in the lower section. I never fell there this season, whereas that was far from the case in previous years. However, in the final crux, my success rates haven’t changed much; I think that’s because the difficult move is very complex and specific.

– Did you train specifically for it? If so, how?
No, I didn’t really train specifically for it. I figured that finger strength was my limiting factor, and that if I improved in that area, I’d just get better at everything! I worked on my endurance right on the route, and for the crux I could have tried to replicate the moves, but that’s not a training method that really appeals to me – though maybe it’s not the smartest move!

– What do you think is the most legendary thing about Bio? The quality of the holds, the purity of the blue line, that demanding summit crux, the historical aspect?
The historical aspect adds interest for me only because it’s a magnificent route and because history records that Jean-Christophe Lafaille had the selflessness and respect not to artificially make it easier at a time when it probably seemed impossible. We tend to believe that this is a given today, but that’s far from the case, especially at the top level. To be clear, if the first 9a+ in history had been a pile of sika, I wouldn’t have gone for it. So yes, what’s legendary is really the beauty of this extraordinary line, the effort it demands, and its holds. The difficulty of the final boulder move adds to the thrill; it’s extremely frustrating to fall repeatedly up there, sometimes feeling like you haven’t even put in the effort, but that also makes it a crazy mental challenge.
P.S.: I heard recently that there was talk of re-creating the starting crux hold, which broke about fifteen years ago and apparently makes it a lot harder. It’s pretty cool that they didn’t do it!

– Finally, where did that friendly nickname “prophet” come from, the one that keeps popping up in the comments?
Out of false modesty, I won’t answer that question. If you’d like, you can contact Yannis Gautier and ask him – he’s the one who gave me that nickname…

Photos: the one and only Sam Bié 😉

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