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Caroline Ciavaldini Le Voyage
Europe France Il était une voie / Once upon a line Sud Est-Alpes / South East-Alps

Il était une voie – Once Upon a Line :”Les voillage faurmes la jenaice” (aka “Le voyage”)

  • 04/02/2024

Derrière tout passage d’escalade, il y a d’abord une ligne, mais aussi des grimpeurs qui l’ont faite naître. Plongez au cœur de passages de légende avec la rubrique “Il était une voie”, un état civil de ces itinéraires qui continuent de fasciner des générations et de façonner notre activité !

Behind every route there is a vision, and the climbers who made it reality. Dive into the history of legendary routes with the section “Once upon a line”, a sort of ‘Origins’ of these gems that keep on fascinating us generation after generation, and shaping our passion!

Les voillage faurmes la jenaice (aka Le voyage)

   Annot, France
    La Chambre du Roi
  Antoine Barbier et Lionel Catsoyannis, 2011
  James Pearson, 2017

2011, Annot. Après quelques milliers d’heures de brossage, jardinage et autres purges, le secteur de trad existe désormais, juste à temps pour la parution du topo. Nous organisons un rassemblement autour des 200 longueurs de trad du site, beaucoup de voies faciles mais aussi quelques voies dures, dont certaines que nous avons réussi à faire mais il y en a une que nous ne ferons peut-être jamais: cette fameuse fissure à main qui se perd dans un mur coupé au couteau jusque tout en haut, au sommet de la Chambre du roi.
Tout y est : le cadre, l’ambiance, la rési, les protec’, c’est parfait, ce sera la voie ultime de notre rassemblement Trad’Annot2011.

Avec Antoine Barbier, cette voie, nous allons la nommer avec un rare consensus: elle nous tient à cœur par son esthétique mais aussi parce que c’est elle qui nous a fait nous rencontrer alors que chacun de notre coté, sans nous connaitre, avions simultanément imaginé faire du trad à Annot et commencé à nettoyer des fissures en ne les munissant que de relais.

La première partie de la voie, nous l’avions ouverte du bas tous les deux indépendamment, de sorte que personne ne sait vraiment qui l’a faite en premier mais tous les deux en trad et puis, un jour, nous l’avons trouvée équipée de spits, comme dans plusieurs autres fissures du site réalisées en trad.

Le nom de la voie n’est pas simplement un clin d’œil à cette rencontre humaine qui va initier plusieurs années de travail commun, c’est aussi un témoignage de la guerre éthique qui lui fut associée. Les mentalités n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui, développer un site de trad en France au beau milieu d’un océan de falaises spitées n’était pas facile à faire comprendre (“rétrograde”, “archaïque”, “dangereux”, “élitiste”…).

Tandis que la partie haute de la falaise n’avait jamais intéressé quiconque, nous nous sommes heurtés dès le début à des récalcitrants qui ne reconnaissaient pas même le droit d’un ouvreur à équiper (ou pas) sa voie comme il l’entend. Notre volonté n’était pas de mettre Annot sous cloche-trad, simplement que les voies ouvertes par nos soins restent comme elles étaient.

Notre stratégie face à ce que nous considérions comme des attaques, fut double: d’une part avec Antoine Barbier et Marc Gamio, nous avons systématiquement supprimé les spits mis par les indélicats dans nos voies, et dans le même temps j’essayais pour ma part de communiquer avec les intéressés (et leur fan-club) par le biais des forums. Lors de ces échanges, l’un des protagonistes-spiteurs s’enflammait dans de longs posts incendiaires à mon égard mais, probablement par enthousiasme ou trop de rapidité, avec des fautes d’orthographe qui régalaient nos soirées; c’est ainsi qu’il avait réellement écrit les mots : “jenaice”, “voillage” et “faurmes”. Considérant que leur voyage en terre annotaine s’était soldé par une résistance à la hauteur de l’agression, le nom fut tout trouvé : “Les voillage faurmes la jenaice”, mentionnée et décrite en “8?” dans le topo de 2012 de Marie-Line Madelaine.

On connait la suite du développement et de la fréquentation du site d’Annot, devenu un haut lieu du trad en Europe, tant pour les débutants que pour les grimpeurs de haut niveau. Depuis 2012 certains grimpeurs de pointe se sont lancés dans le projet de notre voie sans la réussir, jusqu’à ce que James Pearson y parvienne avec brio et y ajoute même une variante encore plus dure: “le bon voyage”. La voie est désormais, grâce à lui et sa compagne Caroline Ciavaldini (qui a aussi enchaîné la voie), une classique mondiale de difficulté en trad.

Nous souhaitions profiter de cette rubrique “Il était une voie/Once Upon a Line” pour en expliquer le nom, qui s’est vu rédigé avec erreur au grès (justement!!) des publications, et dont les ouvreurs originaux ont été un peu oubliés.

Photo: Raphaël Fourau
Témoignage/Account: Lionel Catsoyannis

2011, Annot. After a few thousand hours of brushing, gardening and other, the trad sector now exists, just in time for the publication of the topo. We organise a gathering around the 200 trad pitches of the site, many easy routes but also some hard ones, some of which we managed to do but there is one that we will perhaps never tick: the famous hand crack lost in the middle of a wall and cut with a knife all the way up, to the top of the King’s Chamber. It’s got everything: the setting, the ambiance, the difficulty, the protection, it’s perfect and will be the ultimate route of our Trad’Annot2011 gathering.

With Antoine Barbier, we are going to name this route with a rare consensus: it is close to our hearts for its aesthetics but also because it is the reason we met when each on our side, without knowing one another, we had simultaneously imagined doing trad in Annot and started cleaning cracks by only providing them with anchors.

The first part of the route, we both opened from the bottom independently, so no one really knows who did it first but both of us on pro and then one day we found it bolted, as did several other cracks of the site.

The name of the route is not simply a nod to this human encounter which will initiate several years of joint work, it also is a testimony to the ethical war which got associated with it. Mentalities were not then what they are today, developing a trad site in France in the middle of an ocean of bolted cliffs was not easy to understand (“retrograde”, “archaic”, ” dangerous”, “elitist”…).

Even though the upper part of the cliff had never interested anyone, from the start we came up against recalcitrant people who did not even recognise the right of a route setter to bolt (or not) his route as he sees fit. Our desire was not to put Annot in a trad bubble, simply to ensure that the lines opened by us remained as they were.

Our strategy in the face of what we considered to be attacks was twofold: on the one hand with Antoine Barbier and Marc Gamio, we systematically removed the bolts placed by the unscrupulous on our pitches, and at the same time I tried for my part to communicate with those concerned (and their fan club) through online forums. During those exchanges, one of the protagonists let rip in long incendiary posts aimed at me but, probably out of excessive enthusiasm or rush, with ample spelling mistakes which made our evenings a delight; this is how he actually used the ‘words’: jenaice (‘jeunesse’: youth), veillage (‘voyage’: travel) and faurmes (‘forment’: form). Considering that their trip to the Annot territory had ended in resistance commensurate with the aggression, the name seemed obvious to us: “Les veilage faurmes la jenaice” (‘travels shape the young’), mentioned and described as “8?” in Marie-Line Madelaine’s 2012 topo.

Since then, Annot has got further developed and become a Mecca for trad climbing in Europe, both for beginners and high-level climbers. After 2012 some advanced climbers have embarked on the project of our route without success, until James Pearson brilliantly did, and even added a harder variant: “Le bon voyage”. The route is now, thanks to him and his partner Caroline Ciavaldini (who also ticked the route), a world classic of hard trad.

We wanted to take advantage of this section “Once Upon a Line/Il était une voie” to explain the name, which has been written erroneously in some publications, and whose original openers are a little forgotten.

Photo: Raphaël Fourau
Témoignage/Account: Lionel Catsoyannis

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