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France : La mort “assurée” des conventions, perspectives et réactions (French only)

  • 06/05/2020

C’est désormais officiel depuis quelques jours, dans un courrier adressé aux présidents de comités territoriaux et aux présidents de clubs, Pierre You, Président de la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade (FFME), a annoncé à mettre un terme à toutes les conventions régissant la gestion et l’entretien des 500 sites où elles étaient en vigueur.

Petit retour en arrière et rappel historique

L’origine des conventions vient du COSIROC (Comité de défense des Sites et Rochers d’Escalade) et de Daniel Taupin dans le courant années 80, en partenariat avec la FFME (jusqu’au décès du concerné en 2003).

Les conventions permettaient alors de dédouaner les propriétaires des terrains (communes ou particuliers) où se trouvaient les falaises en cas d’accident pour qu’il n’en résulte pas un interdiction de l’accès. Ainsi la Fédération assumait les conséquences juridiques de la pratique de l’escalade sur les sites.

Mais au fait, qu’est ce que le COSIROC ? Le COSIROC est une association distincte de la FFME, mais qui toutefois entretenait avec elle des relations étroites, notamment depuis décembre 1985, date à laquelle la FFM (devenue la FFME par la suite) avait concrétisé son souci de protection et d’équipement des sites d’escalade en créant une « Commission de Protection des Sites d’Escalade » (devenue par la suite “Commission des Sites Naturels d’Escalade”).

Dans les années 80, d’après le site internet du COSIROC, l’action conjointe de ce dernier avec la FFME a eu un bon nombre de résultats bénéfiques, notamment :

• le rétablissement de l’autorisation de grimper à la falaise de l’Aiguebrun à Buoux ;

• la signature de conventions avec les propriétaires ou les communes, garantissant la possibilité de grimper à La Dube, Sisteron, Volx (mais Volx est maintenant interdit par arrêté de protection de biotope), Orpierre, la Chaussée-St-Victor, Buoux, Lioux, Saffres, Mouriès, etc. ;

• la fourniture de matériel fiable en quantité croissante à de nombreux équipeurs bénévoles dans toute la France.

(Source : Cosiroc.fr)

St-Léger du Ventoux – Photo : Raph Fourau – Raphaël Fourau Photography

L’élément qui a amorcé le changement

Suite à l’accident de Vingrau (66) survenu en 2010 et la condamnation de la FFME en 2016 par le tribunal de grande instance de Toulouse, le déconventionnement des sites naturels est comme un coup de tonnerre même si ce n’est pas une réelle surprise. Il y a quelques années, Pierre You avait déjà dévoilé la politique fédérale en matière de SNE qui visait à dénoncer les conventions. Il avait d’ailleurs donné son point de vue dans nos colonnes lors d’une interview en novembre 2016.

En effet, lors de sinistres graves, une procédure contentieuse est menée. Comme toujours, il faut trouver un responsable et les assureurs des victimes ont trouvé en la Fédération une cible de choix, avec la possibilité d’une responsabilité sans faute, avec à la clé des sommes réclamées astronomiques. Avec deux nouvelles procédures lancées contre la FFME ces derniers mois, Allianz, l’assureur de la FFME, qui est donc celui qui paye, commence à tousser car l’addition risque encore de s’alourdir.

Équation mathématique simple: quand l’assureur se retrouve à débourser 1,6 millions d’euros alors qu’il ne perçoit qu’environ 330 000 € par an de cotisation (assurance à 3€ par licencié, pour une moyenne d’environ 110 000 licenciés FFME), le ratio gain/perte devient trop déséquilibré, surtout si le scénario se répète…

La décision du Conseil d’Administration de la FFME

D’après nos sources, lors du Conseil d’administration du 7 mars dernier, un représentant d’Allianz a été invité pour présenter les scénarios possibles et pour expliquer quel serait l’avenir de la FFME avec la responsabilité des SNE… Il aurait alors déclaré que si la FFME ne prenait pas de décision sur les conventions c’était sa mort “assurée” car le contrat d’assurance n’était plus équilibré et donc plus pérenne. Ambiance…

S’en est suivi un long débat sur l’augmentation du coût de l’assurance de la FFME, inéluctable mais qui pouvait être plus ou moins importante selon le choix ou non de déconventionner les 650 conventions dans le giron fédéral à ce jour.

Ce plan de redressement comportait deux scénarios expliqués par Pierre You dans sa lettre :

• Premier scénario : maintenir la politique de conventionnement actuelle. Dans ce cas, l’augmentation de la prime Responsabilité Civile payée par chaque licencié serait de +10€ (et passerait donc de 3 à 13 €), étalée sur deux ans.

• Le second scénario intégrerait la décision de mettre fin à toutes les conventions existantes restantes (environ 650). Dans ce cas, l’augmentation de la prime Responsabilité Civile payée par chaque licencié serait de 3€ (et passerait donc de 3 à 6 €), étalée sur deux ans (1,5 € en 2020 et 1,5€ en 2021).

Ces scenarii ont été soumis au vote du Conseil d’Administration et selon nos informations c’est le second qui a été retenu avec 17 voix pour et 4 abstentions. La position est donc claire : pour éviter une augmentation trop importante de la Prime Responsabilité Civile pour ses licenciés, la FFME met fin au conventionnement des falaises jusqu’alors sous son joug.

Il est tout de même étonnant que pour 7 euros de différence par licencié — même s’il n’est effectivement pas forcément juste que seul le licencié FFME paye les pots cassés — personne n’ait soutenu un tant soit peu le premier scénario, même si la Responsabilité Civile pouvait être amenée à de nouveau augmenter dans les années à venir proportionnellement au nombre de condamnations et aux coups de butoir de l’assureur. La FFME se tourne vers le déconventionnement des falaises assez rapidement, sans prendre le temps d’explorer à fond d’autres solutions, comme en premier lieu négocier avec son assureur, surtout au vu des bénéfices colossaux engrangés par ce dernier (estimés à 6-7 Milliards d’euros pour 2019) et des nombreux dividendes reversés (Allianz est le 5ème plus gros payeur de dividendes au monde). Pourquoi s’être dépêché ? Peut-être que les échéances des élections du Conseil d’Administration de la FFME prévues en fin d’année ont-elles précipité les choses ?

La Ramirole – Photo : Julia Cassou – Julia Cassou Photography

Les contradictions de cette décision et pourquoi cela peut interpeller

– Les avancées législatives en cours :

On peut légitimement comprendre que l’assureur de la Fédé, et donc la Fédé par extension, en ait assez de devoir payer pour une responsabilité sans faute, de surcroît pour des accidentés qui n’étaient même pas licenciés chez elle.

Aussi, elle a engagé il y a plusieurs années un travail de lobbying auprès de certains de nos représentants institutionnels.

Une démarche a été initiée dès la fin 2016 au travers de l’étude d’une proposition de loi. L’objectif est que législateur revienne sur le principe de la responsabilité sans faute afin que le gestionnaire d’un site ne puisse plus être inquiété s’il n’avait pas commis de faute de gestion ou d’entretien sur les falaises du territoire.

Ainsi, en janvier 2018, la commission des lois examinait la proposition présentée par Bruno Retailleau (LR) qui a reçu un avis favorable et a été soumise aux débats de l’Assemblée du jardin du Luxembourg. La proposition de loi a été adoptée en première lecture au Sénat le 31 janvier 2018 avec comme mention :

I. – Après l’article L. 311 1 du code du sport, il est inséré un article L. 311 1 1 ainsi rédigé :

« Art. L. 311 1 1. – Les dommages causés à l’occasion d’un sport de nature ou d’une activité de loisirs ne peuvent engager la responsabilité du gardien de l’espace, du site ou de l’itinéraire dans lequel s’exerce cette pratique pour le fait d’une chose qu’il a sous sa garde, au sens du premier alinéa de l’article 1242 du code civil. »

II. – Le chapitre V du titre VI du livre III du code de l’environnement est abrogé.

Après un passage à l’Assemblée et avoir essuyé un rejet (les députés majoritaires de l’Hémicycle LREM voulant aborder les problématiques de responsabilité sur l’ensemble des activités de pleine nature), l’initiative a été relancée et ce projet de loi a été de nouveau été adopté au Sénat le 5 mars dernier (Article 37) et sera représenté une nouvelle fois devant l’Assemblée dans le cadre du Projet de loi d’accélération et de simplification de l’action publique initiée en février par le gouvernement. L’Hémicycle où le 12 novembre dernier, le député de Haute-Corse Felix Acquaviva a posé une banderille en Question au gouvernement.

La partie de tennis de table législatif continue… Mais on peut légitimement se questionner sur l’intérêt d’avoir bataillé ainsi pour finalement abdiquer dans le crux final…

– Les postures contradictoires :

Que la Fédé décide finalement d’abandonner le conventionnement est une décision qui peut s’entendre pour les raisons évoquées plus haut. Certains pourraient aussi arguer que cela ne vient que confirmer le désir fédéral d’investir majoritairement dans l’indoor, la compétition et l’olympisme. Mais c’est un autre débat.

Toutefois, on peut se sentir perdus en prenant connaissance de ce vote, car il vient désavouer certaines actions fédérales récemment enclenchées.

Prenons par exemple le cas du Fonds de dotation Rock Climber, initié par la FFME il y a tout juste un an. Ce fonds — dont le président est également Pierre You — a pour vocation “de promouvoir et de développer l’escalade en milieu naturel en favorisant l’équipement de nouveaux sites en permettant l’entretien et la mise aux normes de sites existants dans l’esprit de l’accessibilité au plus grand nombre, de la préservation et de la valorisation de l’environnement à des fins sportives, éducatives, sociales et pour la promotion de la santé”.

Sans évoquer la question de la création de ce fonds alors même qu’une initiative comme Greenspits existait déjà depuis plusieurs années avec la même ambition, on peut ici légitimement se demander comment en un an, on peut passer de “promouvoir et développer l’escalade en milieu naturel en favorisant l’équipement de nouveaux sites” (sic!) à une décision de déconventionnement total, qui vient forcément mettre un coup d’arrêt à cette initiative. Et concernant Rockclimber, neuf mois après son lancement, on a du mal à apercevoir à l’heure actuelle des opérationnalisations sur le terrain et une réelle transparence de l’utilisation pour l’outdoor des fonds récoltés.

De même, il y a un peu plus de 2 ans, la fédération créait une formation ” équipeur de sites sportifs d’escalade”.

Là encore, la mise en place de cette formation aurait pu laisser penser que la Fédé souhaitait poursuivre son engagement dans l’escalade sportive outdoor en définissant une doctrine et des formations d’équipement.

Certains vont ici nous rétorquer que la Fédération souhaite se dégager de la responsabilité, mais pas de la gestion des sites. Mais n’y a-t-il pas une réelle dichotomie dans ces initiatives?

Serait il à dire que la Fédé chercherait donc à se faire des sous sur le dos de ces falaises et à établir un monopole en proposant ses services de gestion auprès des collectivités territoriales via ses organes déconcentrés sans en assumer la responsabilité ?

Photo : Sam Bié

Les perspectives

Perspective 1 : la position fédérale : vers une gestion locale. Une vision à court terme ?

Depuis quelques années la fédération a entamé une vaste action visant à transférer la responsabilité de la gestion des sites naturels aux collectivités territoriales.

Dans un récent communiqué, elle le met en exergue.

« En pratique, la dénonciation des conventions n’a jusqu’ici que très peu donné lieu à des interdictions. Autrement dit, l’absence de convention avec la FFME ne signifie pas interdiction de grimper. La fédération est pleinement engagée dans la défense et la promotion de l’escalade sous toutes ses formes. Le plan d’action décrit ici a pour seule visée de rendre pérenne et toujours accessible au plus grand nombre l’escalade en falaise. »

L’exemple du comité territorial FFME de l’Ardèche : la convention tripartite

En 2017, le comité territorial a acté avec le Département de l’Ardèche un nouveau modèle de convention tri partite (Conseil Départemental, Mairie, propriétaire(s)) «pour l’ouverture au public de sites naturels d’escalade situés sur des propriétés privées » permettant de remplacer les conventions FFME.

« Celui-ci a été validé sans hésitation par le Conseil Départemental pérennisant ainsi notre patrimoine grimpant en milieu naturel en Ardèche. Par la même, le Conseil Départemental réaffirme son engagement en faveur des sports de nature en inscrivant nos sites, nouvellement conventionnés, au Plan Départemental des Espaces, Sites et Itinéraires (PDESI). A ce jour nous ne sommes plus très loin d’un reconventionnement de l’intégralité des sites présents dans la dernière édition du topo. Cela représente plus de 250 conventions signées pour plus d’une quarantaine de sites sauvegardés puisqu’inscrit au fameux PDESI. » (Page Facebook du Comité Territorial Ffme Ardèche)

Même si refiler la patate chaude aux collectivités territoriales peut paraître astucieux, on est en droit de se demander quelle direction prendra le département de l’Ardèche si il est condamné une ou deux fois de suite à des recherches de responsabilité dans des cas similaires à l’accident de Vingrau. Et si les salariés du comité départemental FFME 07 en charge de la gestion des sites ne pourraient pas être inquiétés. D’autre part, il faudra injecter des moyens à ces organes déconcentrés directement pour la gestion des sites car nous avons du mal à imaginer les collectivités payer seules l’addition dans un contexte où les subventions publiques s’amenuisent, tendance qui pourrait s’accentuer après la crise sanitaire actuelle… Où est passée la fameuse bourse SNE ? Cette vision décrite comme pérenne relève à nos yeux du bricolage à court ou moyen terme, « sauve qui peut » pour quelques années au mieux.

Perspective 2 : Pourquoi ne pas proposer un classement de l’escalade en terrain d’aventure, à ses risques et périls, comme en montagne ?

La loi du 9 janvier 1985 relative au développement et à la protection de la montagne, dite « loi Montagne », constitue en France le principal cadre législatif spécifiquement destiné aux territoires de montagne. Plus récemment, la loi du 28 décembre 2016 dite « acte II de la loi montagne » est venue compléter ce dispositif réglementaire.

La loi « montagne » s’applique aux communes ou parties de commune que la loi identifie en zone de montagne. Plus de 6 000 communes françaises sont concernées dont la totalité du département des Hautes Alpes. Les implications juridiques pour les communes soumises à la loi Montagne sont relativement nombreuses, notamment en ce qui concerne la sécurité (prévention des risques naturels et organisation spécifique des secours).

Pourquoi ne pas rajouter un article relatif à la pratique de l’escalade en falaise à cette loi montagne ?

Pourquoi ne classerait-on pas l’escalade dans le cadre du « terrain d’aventure », où l’on considère juridiquement que le pratiquant grimpe à ses risques et périls en connaissance de cause des risques pris comme en alpinisme ; que seule son assurance de responsabilité civile individuelle peut prendre en charge les frais relatifs à un accident l’impliquant dans son milieu (problème sur un ancrage, écaille de rocher qui s’arrache, etc…).

Tout grimpeur pratiquerait alors sous sa propre responsabilité. L’escalade en milieu naturel est une pratique sportive présentant des risques objectifs dont le pratiquant est le seul à mesurer la dangerosité, en appréciant lui même l’état de l’équipement en place et du rocher au regard de son niveau et de son expérience, en acceptant la notion d’engagement personnel.

Ceci inciterait aussi le grimpeur à prévoir un budget annuel pour une assurance personnelle de pratiquant de sports extrêmes en milieu terrestre incertain (si ce n’est pas déjà le cas) et être couvert.

Malheureusement le contexte sociétal et juridique actuel n’emprunte pas cette direction : la fatalité n’existe plus, et pour chaque accident aboutissant à des dommages corporels importants un responsable doit être déterminé et sa faute établie pour aboutir à une condamnation…

Verdon – Photo : Sam Bié

Perspective 3 : Changer de délégation pour la responsabilité et pourquoi pas la gestion des sites naturels ?

Maintenant que les conventions sont caduques, on pourrait aussi imaginer que la question des sites naturels qui était déléguée par l’État à la FFME pourrait être partagée ou transférée avec d’autres fédérations d’escalade comme la FFCAM ou la FSGT. A la FFCAM, historiquement depuis la fin du 19ème siècle, la sauvegarde du patrimoine naturel demeure une priorité, avec par exemple des membres de la Fédération siégeant dans les conseils d’administration de parcs nationaux, défendant les pratiques sportives de pleine nature tout en prêtant une oreille attentive aux problèmes environnementaux.

Aucune démarche n’a à notre connaissance été accomplie en ce sens pour trouver un terrain d’entente, et par exemple partager les frais entre licenciés et pour trouver des financements relatifs aux questions de responsabilités.

Cela pourrait être à notre sens une piste de réflexion à suivre, à condition de pouvoir réunir tout le monde autour d’une table. La FFME semble peu motivée par le dossier en affirmant sa volonté de poursuivre son travail de gestion mais accepterait-t-elle de passer le flambeau ?

Perspective 4 : rénover ou recréer un nouveau COSIROC pour éviter les interdictions ?

Pierre You l’a détaillé : on compte 2500 sites d’escalade en France, et les 650 conventions restantes ne concernent qu’environ 500 sites. En pratique, d’après la FFME, la dénonciation des conventions n’a jusqu’ici que très peu donné lieu à des interdictions, même si aucun exemple concret n’a été donné dans les communiqués de ces derniers jours.

Autrement dit, l’absence de convention avec la FFME ne signifie pas l’interdiction de grimper et la FFME assure qu’elle continuera à être l’écoute des réactions des collectivités. Toutefois, de quelle marge de manœuvre disposera-t-elle pour négocier face à une demande d’interdiction lorsque les sites où l’escalade est confidentielle appartiennent à des propriétaires privés ou des communes qui ne voudraient ne pas endosser la responsabilité ? Cela pourrait à terme limiter considérablement les terrains de jeux…

Si on est un peu moins optimiste, une fermeture potentielle de quelques sites de grande renommée est à envisager, notamment ceux situés sur des terrains privés, comme le Capucin de St-Antonin Noble Val, Presles, St-Léger du Ventoux ou encore Buoux pour ne citer que parmi les plus connus. Quelle mauvaise publicité pour l’escalade en falaise sur notre territoire si 2 ou 3 sites incontournables de l’Hexagone venaient à être interdits et déséquipés !

On peut aussi imaginer un ouverture des sites naturels privés au bon vouloir des propriétaires, comme sur le site de bloc de La Capelle dans le Gard qui demeure interdit ou autorisé selon l’humeur du propriétaire, notamment en réaction aux incivilités des grimpeurs qui ne respectent pas ses règles, comme l’interdiction de fumer sur sa propriété. Et pourquoi ne pas imaginer certains propriétaires demander un accès payant aux falaises situées sur leur terrain ? Une question débattue l’an dernier à l’Assemblée qui a trouvé fin de non-recevoir de la part de notre Ministre des Sports.

Une autre option serait de créer un organisme de gestion, d’entretien et de développement des sites naturels, chapeauté par des passionnés et équipeurs reconnus, pas forcément affilié à la FFME. C’est le pari amorcé il y a maintenant 5 ans par l’association Greenspits.

L’initiative a le mérite de permettre au pratiquant de financer directement le développement et l’entretien des sites naturels. De surcroît, elle pourrait peut-être permettre de valoriser ces passionnés de l’ombre que sont les équipeurs. Souvent peu considérés voire critiqués dans l’ère de l’escalade consommation, ils sont pourtant les poètes et les pères de nos falaises.

Cette solution pourrait être couplée à la création d’un permis d’escalade comme un permis de pêche ou de chasse. Via un contrat d’assurance on pourrait aussi envisager une option pour être assuré en responsabilité civile et pouvoir pratiquer en sécurité sur des falaises entretenues si cela n’a pas été anticipé par souscription à une assurance personnelle spécifique.

Enfin, on pourrait envisager un gros travail sur l’édition de topos qui permettrait une réelle professionnalisation des auteurs en France et améliorerait la qualité parfois décriée de certains topos locaux actuels, accompagnée d’une redistribution substantielle et transparente des recettes pour l’assurance et l’entretien des falaises.

Le COSIROC existe toujours mais ses activités sont très réduites, ponctuelles et locales depuis le décès accidentel de Daniel Taupin en 2003. Le moment n’est-il pas venu de relancer la machine et de créer un Access Fund français ?

Céüse – Photo : Photo : Anja Becan

Perspective 5 : comparer avec les autres pays et trouver des idées

Tout le monde l’a compris, après cette décision, des changements concernant la gestion des sites naturels en France devraient intervenir rapidement. Il serait donc intéressant de mener une étude sur la gestion des sites naturels et la politique de responsabilité en cas d’accident dans les autres pays afin de pouvoir comparer et s’inspirer de certaines idées.

En Allemagne, il semblerait que ce soit le principe de responsabilité du pratiquant à ses risques et périls (présenté dans la Perspective 2) qui soit en vigueur. Idem aux Etats-Unis où globalement à l’exception de falaises privées comme Muir Valley à Red River Gorge où des décharges existent, le grimpeur ou son assurance paye les frais médicaux en cas d’accident. Au pratiquant d’être bien couvert…

En Espagne, il n’y a pas de réelle organisation ni d’aide de la Fédération à l’équipement, hormis ponctuellement pour quelques équipeurs connus. La plupart des falaises se trouvent sur des terrains publics avec une gestion locale, au bon vouloir des municipalités. Soit les pouvoirs publics favorisent l’activité et peuvent aider l’équipement, soit ils n’y sont pas favorables et font appliquer les interdictions via des agents ruraux. Des collectifs de grimpeurs locaux commencent à voir le jour pour obtenir des accords avec les agents ruraux et les municipalités (Albarracin, autour de Madrid, Etxauri)… Ces collectifs ne naissent généralement que lorsque le site est énorme et qu’il y a un danger imminent de fermeture totale. Pourquoi ne pas envisager la même chose un peu partout en France en mettant les pratiquants au centre du dispositif plutôt qu’une gestion déconcentrée fédérale ?

En Italie, à la lecture de deux interviews des équipeurs reconnus comme Emmanuele “Kinobi” Pellizari et Maurizio Oviglia (merci à Gianluca Boldetti pour ce formidable éclairage), il en résulte que la question du développement et l’entretien des sites demeure une démarche non-structurée, bénévole, à l’initiative de grimpeurs passionnés, système D… et qu’aucun cas de recherche de responsabilité faisant jurisprudence n’est venu chambouler, un peu comme en Espagne.

Perspective 6 : former une communauté falaise plus soudée, solidaire et responsable

Avec cette décision fédérale, qui sait si la communauté falaise en France ne sera pas aussi beaucoup plus surveillée et attendue au tournant par les autorités ; à nous de nous fédérer davantage, de faire valoir nos intérêts et notre force (manne touristique par exemple, participation à des actions écologiques et citoyennes locales, etc.). Un appel à la responsabilisation et au respect des bonnes manières, que ce soit en terme de sécurité ou d’évolution en milieu naturel, nous semble important à passer. Il sera important de ne pas faire n’importe quoi pour ne pas risquer une multiplication des interdictions, notamment sur les spots où l’escalade demeure confidentielle et est peu intégrée au paysage local. Nous vous appelons tous à la plus grande vigilance et intelligence sur ce sujet ! L’escalade en falaise demeurera toujours une pratique dans un environnement incertain, et le grimpeur issu de l’indoor habitué aux normes et à un milieu le plus stable et sécuritaire possible (la SAE) doit adapter sans cesse sa pratique au milieu naturel. Rien ne s’improvise et tout doit être anticipé : météo, préparation physique, niveau, matos, maîtrise de l’assurage, des réchappes et manips’… Cette réflexion nous semble valable sur un versant sécuritaire où souvent le pratiquant a tendance à reporter ses défaillances en la matière sur la qualité de l’équipement. On pourrait aussi la faire valoir sur le versant écologique où le grimpeur est parfois pointé du doigt comme nuisible au vu de son comportement pas toujours exemplaire. D’autre part, la plupart des grimpeurs s’implique assez peu, tant au niveau financier qu’en terme d’actions et de bénévolat dans la gestion des sites naturels. Ils fonctionnent souvent comme bon leur semble, dans une logique assez consommatrice ou insouciante. Les exemples de tous ceux qui grimpent actuellement dehors en pleine période de confinement sont là pour l’éclairer. Il faudra faire évoluer les mentalités pour arriver à se structurer davantage et ainsi défendre nos valeurs, nos terrains de jeux mais aussi rappeler et faire respecter nos devoirs.

Comme le dit le dicton, “abondance de biens ne nuit pas”.. .la combinaison de ces différentes perspectives n’est pas prohibée… elle est même recommandée !

Pierre Délas – Mai 2020
Photo de couverture : Sam Bié

Photo : Sam Bié

Quelques réactions suite au déconventionnement des sites naturels

Bruno Fara, président de club, figure de l’équipement et de la falaise en France

« Ce qui est surtout choquant dans l’ukase de la FFME c’est la manière… En petit comité, sans vote à l’AG, sans consultation de la base, pendant une période de crise.
Il suffirait de voter une loi pour que grimper soit interdit sans être dans une fédération qui délivre une assurance (FFME ou autre) pour que le problème soit réglé… ce qui tue l’escalade c’est le désir de rester dans la marginalité que nous avons connu dans les années 70/80, ce n’est plus possible, il faut juste l’admettre…”

Le message Facebook de l’association Greenspits

Amis grimpeurs,

À l’heure où l’on voit le bout du tunnel avec un déconfinement imminent, la FFME tente de nous faire passer la pilule du déconventionnement…
Mais on a bien vu que ça s’écrivait pas pareil !
On est même beaucoup beaucoup à s’être renseigné sur la question… chose que l’on ne prenait pas le temps de faire (hein??) quand on était libre et qu’on devait aller grimper avant tout !

En tant qu’éternels optimistes, nous savons bien que rien n’est noir, et même si la stratégie gouvernementale a quelque peu déteint sur nos dirigeants fédéraux, nous n’en resterons pas là et nous tenterons de tirer le meilleur de cette situation.

Nous travaillons actuellement sur la suite de la série d’articles « La Guerre Des Sites » afin de faire un petit point météo dans le ciel de nos sites naturels d’escalade.
Notre volonté est de faire un état des lieux, mais aussi d’apporter des propositions pour voir comment se sortir de cette situation.

  • Grimper « gratuitement », ne pas participer à l’entretien des falaises, et porter plainte quand on se fait mal, c’est bel et bien fini. Les grimpeurs sont face à leurs responsabilités. On vous le répétera sans cesse : grimper tue.
  • La non-transparence de la FFME, c’est anormal et insupportable. Nous devons tous réclamer cette transparence. Reprocher aux grimpeurs de ne pas se licencier dans ce contexte est hypocrite.
  • L’escalade serait une activité impossible à assurer ? Nous pensons le contraire. Faisons confiance à l’intelligence des grimpeurs pour accepter de contribuer plus. Il faut parfois un électrochoc pour prendre conscience de certaines choses.

« Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un meta-systême capable de les traiter : il se métamorphose. » Edgar Morin

Pour ceux qui veulent revoir les bases, on a publié en 2017 un cool article sur la question.”

Vincent Meirieu et Guilhem Trouillas pour le SNAPEC (Syndicat National des Professionnels de l’Escalade et du Canyon)

“Le SNAPEC considère que cette décision était “inscrite dans l’ADN” de l’actuelle FFME (pour reprendre une expression de Pierre You) avec la faveur assumée accordée aux SAE et la pratique de compétition ; le déconventionnement s’inscrit donc dans une démarche de démobilisation à l’encontre des SNE ; d’autres solutions ont été écartées bien vite : “licence falaise”, reconnaissance de la dangerosité de l’activité à travers le classement de toute l’escalade en SNE en “Environnement Spécifique” (et pas seulement le Terrain d’Aventure), etc. Il faut bien dire qu’elles auraient été de nature à complexifier la gestion fédérale et se heurtent à des oppositions idéologiques de fond. Par ailleurs, le déconventionnement avec le passage des conventions fédérales aux contrats d’entretien avec les collectivités, enclenche un processus très préoccupant de marchandisation de l’équipement ; les falaises pourraient dorénavant être entretenues et normées pour le compte de collectivités par la FFME qui déjà envisage des diplômes pour cela. Nous craignons que les autres falaises soient laissées pour compte faute de moyen ou d’envie des collectivités. La perspective de gymnases en plein air et de friches désaffectées nous fait entrevoir un avenir sombre ; la mobilisation doit être à la hauteur des enjeux pour que vive l’escalade “libre”.”

Caroline Ciavaldini en action

Caroline Ciavaldini, ambassadrice du projet fédéral RockClimber

“Pour ma part je comprends les choix de la FFME… ou plutôt leur absence de choix. Mais pour comprendre, et je voulais comprendre quand je me suis engagée dans Rockclimber, j’ai d’abord demandé des informations, discuté avec les élus, les salariés de la FFME, et j’ai passé des heures et des heures à prendre des informations. Pourquoi des heures ? Parce que les situations passées et présentes sont complexes…

Je viens de passer 20 min à essayer de résumer la situation, mais… il me faudrait en fait des heures pour tout bien résumer alors je renonce et j’efface mon pavé… et je pense que Fanatic Climbing a déjà bien planché sur les données et que comme moi vous comprenez la situation présente :

En 2020, les conventions font que la FFME est jugée avec des enjeux s’élevant à plusieurs millions, alors que dans la plupart des cas, la “faute” en incombe véritablement à la géologie, et son assureur arrête de l’assurer. Si elle continue sans assureur, elle fera faillite un jour ou l’autre…

L’idée de Rockclimber (dont je fais partie bénévolement), c’est une tentative de réponse partielle : sensibiliser le public à une évidence qui est pourtant loin d’être comprise: une falaise sportive n’apparaît pas par magie, son équipement, son entretien demandent du travail sur corde, du matériel, du temps plongé dans les papiers pour trouver des accords avec les mairies…. Il y a de plus en plus de falaises, et nos falaises historiques ont besoin d’être rééquipées. Rockclimber est une association indépendante, créée par la FFME, qui a pour ambition de lever des fonds et de les redistribuer à des gens, des associations prêts à se remonter les manches, telles que Greenspits…

Donc suite à l’annonce de Pierre you, qui n’est en fait pas du tout une surprise mais une suite logique des dernières années, je comprends la situation de la FFME. Peut être aurait-on pu trouver une meilleure solution, mais je ne la connais pas, et je sais que beaucoup de salariés de la FFME ont beaucoup travaillé sur le sujet. Comme tout le monde je m’inquiète, j’espère que les Comités territoriaux ou autres pourront trouver un moyen de maintenir toutes les falaises ouvertes et entretenues, je sais que dans certains cas cela risque de coincer. Je compte sur la FFME pour continuer à travailler sur ces situations délicates et aider à les débloquer. Je compte sur chaque grimpeur pour comprendre que ces falaises que nous avons sont des cadeaux que nous devons chérir et ménager.

Enfin, comme pour une fois l’herbe est bien plus jaune ailleurs… En Angleterre il est extrêmement cher d’avoir une assurance pour grimper. James n’en a pas, il a une assurance FFME, qui ne le couvre pas à l’étranger parce qu’il n’est pas français. Si vous allez faire un tour à Raven Tor (la falaise « sportive » ou est “Hubble”, le 1er 9a du monde), vous vous rendrez vite compte que l’équipement français c’est du 5 étoiles : retour au sol sur presque chaque voie, relais sur un point sont monnaie courante à Raven Tor. Et en cas d’accident… l’anglais est déjà bien content de pouvoir aller à l’hôpital. Bref, Si personne n’est parfait, critiquer tout azimut les institutions est un trait de caractère bien français. A nous de choisir si vraiment ça nous plaît tant que ça de râler. Ou alors… on peut se retrousser les manches… avez vous entendu parler de Rockclimber ? 🙂 “

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